Le rideau est tombé mardi sur la seconde édition du sommet Africa Forward, un carrefour diplomatique et économique qui, pour la première fois, a posé ses valises en terre anglophone. Dans le prestigieux centre de conventions de Nairobi, Félix Tshisekedi a été l’un des visages de cette clôture aux côtés d’Emmanuel Macron et William Ruto, hôtes d’un événement qui ambitionne de redessiner les liens entre l’Afrique et la France.
Co-organisé par Paris et Nairobi, ce sommet Africa Forward 2026 a rassemblé près de 4 000 participants – chefs d’État, investisseurs, responsables publics et acteurs du privé – autour d’une question centrale : comment bâtir un partenariat économique Afrique-France qui ne soit plus un simple héritage du passé, mais un projet d’avenir mutuellement bénéfique ? Deux jours durant, les débats ont oscillé entre promesses et pragmatisme, mettant en lumière les aspirations d’un continent déterminé à prendre en main sa propre transformation.
La première journée avait été consacrée aux rencontres d’affaires, ces « speed dating » de haut niveau où entrepreneurs africains et français ont exploré des pistes d’investissement. Mais c’est la seconde journée qui a concentré les enjeux les plus structurants. Au programme : l’industrialisation du continent, la souveraineté sanitaire, la révolution numérique et l’agriculture de demain. Autant de chantiers où la République démocratique du Congo, avec ses immenses ressources, entend jouer une partition de premier plan.
Les conclusions du sommet ont été sans équivoque. Les participants ont plaidé pour la production locale de vaccins – un impératif révélé par les inégalités d’accès lors de la pandémie – et pour le renforcement des systèmes de santé africains. Ils ont également insisté sur la nécessité de transformer localement les produits agricoles, plutôt que d’exporter des matières premières brutes. Enfin, le développement d’infrastructures numériques souveraines a été désigné comme un levier indispensable pour que l’Afrique ne soit pas un simple consommateur de technologies importées. Derrière ces mots, un fil rouge : la souveraineté économique.
Le choix de Nairobi n’avait rien d’anodin. Jusqu’ici cantonné à des capitales francophones, ce sommet Afrique-France s’est délibérément invité dans le giron du Commonwealth. Un signal fort envoyé par Paris, soucieux d’élargir son dialogue au-delà de ses zones d’influence traditionnelles. Mais aussi un test pour des pays comme la RDC, géant francophone de l’Afrique centrale, qui voient dans cette recomposition une occasion de diversifier leurs alliances.
Et justement, la présence de Félix Tshisekedi à ce sommet traduit une stratégie de repositionnement claire. Kinshasa ne veut plus seulement exporter du cobalt ou du cuivre ; elle veut attirer des investissements dans la transformation sur place, décrocher des partenariats technologiques et sanitaires, et peser dans les grands projets continentaux. La quête d’un « partenariat économique RDC » équilibré, où les bénéfices ne seraient plus à sens unique, est au cœur de sa diplomatie économique.
Peut-on pour autant parler de tournant ? La route est encore longue. Les déclarations d’intention devront se muer en contrats, les projets en usines. Mais en participant activement à ces dialogues, la RDC se donne les moyens d’attirer une partie des financements et de l’expertise promis. Dans un continent où la concurrence entre grandes puissances – Chine, États-Unis, Europe – s’intensifie, savoir naviguer habilement entre ces blocs devient une compétence de survie. Africa Forward 2026 aura au moins offert à Kinshasa une tribune pour rappeler que la prochaine frontière de l’industrialisation africaine passera aussi par le bassin du Congo.
Reste une question, lancinante : les partenaires internationaux sont-ils prêts à renoncer aux vieux réflexes d’une relation déséquilibrée ? L’assurance d’un « gagnant-gagnant » exigé par les Africains ne pourra se vérifier que sur le terrain, dans les chaînes de valeur qui émergeront – ou non – dans les mois à venir. Pour la RDC, l’enjeu est de transformer l’essai de cette diplomatie du sommet en avancées concrètes pour sa population.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
