AccueilActualitéPolitiqueUDPS Kalemie exige la démission du gouverneur Kitungwa

UDPS Kalemie exige la démission du gouverneur Kitungwa

À Kalemie, le ton est monté d’un cran au sein de la majorité présidentielle. Vendredi 8 mai, la fédération urbaine de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) a officiellement exigé la démission du gouverneur de la province du Tanganyika, Christian Kitungwa. Une injonction qui jette une lumière crue sur les fractures politiques locales et les attentes déçues d’une population confrontée à une insécurité persistante et à des infrastructures déliquescentes.

L’annonce, faite lors d’une déclaration politique à Kalemie, dresse un réquisitoire sévère. L’UDPS Kalemie accuse le chef de l’exécutif provincial d’incapacité à juguler l’insécurité qui gangrène le Tanganyika, de laisser les infrastructures routières se dégrader jusqu’à isoler des quartiers entiers et de ne pas garantir un accès minimal aux services sociaux de base. Le diagnostic est sans appel : en dépit des promesses de développement, la province s’enlise dans une situation qualifiée d’« alarmante ».

« Les promesses répétées de développement n’ont produit que des illusions. Les faits sont indéniables : les infrastructures routières sont dans un état de délabrement très avancé, isolant davantage le centre-ville ainsi que plusieurs quartiers et avenues »,

a martelé Jean Kasongo, porte-parole de la fédération, dans une formule qui résonne comme un désaveu cinglant.

Cette charge frontale émanant d’un pilier du parti présidentiel – l’UDPS – a immédiatement suscité une riposte du camp Kitungwa. Par la voix de son conseiller spécial Abel Amundala, le gouvernorat a rejeté en bloc ces accusations, y voyant une « manipulation politicienne ». Le bras droit du gouverneur a surtout remis en cause la légitimité des auteurs de la déclaration :

« En ce qui concerne cette déclaration, vous allez suivre la communication officielle de ceux qui ont qualité pour engager l’UDPS. Ceux qui ont été utilisés par des politiciens en quête de positionnement n’ont aucun titre ni qualité et leurs déclarations sont sans effet. »

La passe d’armes met en exergue une lutte d’influence où chaque camp tente d’incarner la voix légitime du parti au pouvoir. À travers cette demande de démission, la fédération urbaine de Kalemie joue une carte risquée : celle de la fronde locale, susceptible d’être perçue comme un acte d’insubordination si elle n’est pas avalisée par la hiérarchie nationale. Mais elle révèle aussi un malaise plus profond : comment expliquer que le propre parti du président de la République s’en prenne aussi ouvertement à l’un de ses gouverneurs ? N’est-ce pas l’aveu implicite que les maux du Tanganyika ne relèvent pas seulement d’une mauvaise gouvernance provinciale, mais d’une faillite collective où l’État central peine à imposer son autorité ?

Les observateurs y voient un épisode de plus dans la valse des repositionnements pré-électoraux, où la cible du gouverneur devient un bouc émissaire commode. L’insécurité dans la région, alimentée par des groupes armés et des conflits intercommunautaires, ne date pas de l’ère Kitungwa. De même, la dégradation avancée des infrastructures de Kalemie est un héritage lourd que les budgets provinciaux n’ont jamais suffi à éponger. Pourtant, l’UDPS locale semble vouloir capitaliser sur l’exaspération populaire pour marquer des points à moindre coût.

Les tensions se sont d’ailleurs récemment cristallisées dans la rue. Quelques jours plus tôt, des femmes avaient organisé une marche de protestation pour réclamer le départ du gouverneur, tandis qu’une manifestation de soutien a pris le relais, dessinant une opinion publique coupée en deux. Ces mobilisations antagonistes, souvent téléguidées, illustrent la porosité entre société civile et agendas partisans. La population, quant à elle, observe cette cacophonie politique avec un mélange de lassitude et d’espoir que les promesses de développement se matérialisent enfin.

La balle est désormais dans le camp de l’état-major national de l’UDPS. Va-t-il recadrer sa fédération kalemienne, au risque d’apparaître comme un soutien tacite à un gouverneur contesté ? Ou laissera-t-il la crise s’envenimer, transformant cette demande de démission en un révélateur des lignes de faille au sein de la majorité ? Dans la province du Tanganyika, déjà minée par les défis sécuritaires, l’avenir politique de Christian Kitungwa est en sursis. Et l’UDPS, en jouant avec le feu de la division, pourrait bien voir son propre édifice local se fissurer.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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