La sécurité à Kinshasa est-elle devenue une illusion ? La question, brutale, a plané sur la réunion du Comité provincial de sécurité, ce mardi, dans le district de la Tshangu. Jacquemain Shabani, vice-Premier ministre de l’Intérieur, n’a pas mâché ses mots. Le patron de la sécurité intérieure a dénoncé une coordination sécuritaire quasi inexistante dans la mégapole. Un dysfonctionnement qui, selon lui, explique en partie la recrudescence des actes de violence.
Devant les responsables provinciaux et communaux, le constat est amer : « Les derniers rapports nous ramènent toujours au même point : la ville de Kinshasa ne tient pas régulièrement ses comités de sécurité. Ni au niveau provincial, ni dans les communes. » Une carence d’autant plus incompréhensible que Kinshasa fut la première à expérimenter la nouvelle gouvernance sécuritaire. « Et pourtant, nous faisons face à une situation alarmante. Comparez avec d’autres provinces : là-bas, les responsables agissent. Ici, c’est le vide », a martelé le VPM.
L’absence de réunions régulières nourrit un dangereux sentiment : celui que la sécurité relève exclusivement du pouvoir central. Une posture que Jacquemain Shabani a qualifiée d’irresponsable. « On veut nous faire croire que seul le gouvernement national doit s’occuper de la sécurité. C’est faux. Chaque maire, chaque bourgmestre doit être aux avant-postes », a-t-il insisté, visant directement les édiles locaux.
Le ton s’est encore durci lorsque le ministre a évoqué les récentes attaques ayant ciblé deux églises du quartier Kimbanseke, dans l’est de la capitale. La paroisse catholique Saint-Théophile et la 23e Communauté évangélique au Congo ont été prises pour cible presque simultanément, selon un mode opératoire similaire. Ces incidents ont ravivé l’inquiétude autour de l’insécurité à Kinshasa, particulièrement dans le district de la Tshangu.
« Pourquoi deux églises sont-elles attaquées de manière quasi identique, à si peu d’intervalle ? Cela ne vous interpelle-t-il pas ? » a lancé Jacquemain Shabani à l’assemblée. Avant d’enchaîner, cinglant : « Avez-vous pris des mesures ? Êtes-vous conscients des menaces qui pèsent sur vos juridictions ? Ou attendez-vous que le Président de la République règle tout, seul ? À quoi servent vos mandats ? »
Ces questions, lourdes de sous-entendus, ont plongé la salle dans un silence gêné. Elles illustrent la fracture entre une hiérarchie policière nationale sursollicitée et des autorités locales qui peinent à s’approprier les enjeux sécuritaires. Le Comité provincial de sécurité de Kinshasa, pourtant censé être l’organe central de pilotage, ne se réunit que sporadiquement, privant la ville d’une analyse régulière des risques.
Jacquemain Shabani a appelé à une gestion proactive et concertée. « La sécurité n’est pas une affaire de réaction. C’est une affaire de prévention, d’anticipation. Chaque commune doit tenir son comité de sécurité sans délai. Nous ne pouvons plus accepter ces réunions fantômes. » Une injonction qui sonne comme un ultimatum.
L’attaque des églises de Kimbanseke, survenue dans un contexte de tensions latentes, a servi de révélateur. Elle a mis en lumière les failles d’un système où l’information circule mal entre les quartiers et les états-majors. Les riverains, eux, s’interrogent : les autorités communales sont-elles à la hauteur ?
Le message du vice-Premier ministre est sans équivoque : la coordination sécuritaire à Kinshasa doit redevenir une priorité absolue. Faute de quoi, la capitale congolaise continuera de s’enfoncer dans une insécurité chronique, avec son lot de victimes silencieuses. La balle est désormais dans le camp des maires et bourgmestres, sommés de passer des paroles aux actes.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
