AccueilActualitéSantéUrgence sang au Maniema : sans banque, des mères meurent en couches

Urgence sang au Maniema : sans banque, des mères meurent en couches

Imaginez : une femme en plein travail d’accouchement dans une maternité du Maniema. Soudain, une hémorragie survient. Le personnel tente l’impossible, mais le sang nécessaire pour la sauver est introuvable. Cette scène, malheureusement, n’est pas rare dans cette province de la République démocratique du Congo. Pourquoi des vies continuent-elles de s’éteindre ainsi, alors que des solutions existent ? À l’occasion de la journée internationale des sages-femmes 2024, le 5 mai dernier, les sages-femmes du Maniema ont brisé le silence pour dire stop à cette hécatombe silencieuse.

Selon la Société congolaise de la pratique sage-femme, un véritable mémorandum a été adressé au gouverneur provincial, dénonçant l’ampleur de la mortalité maternelle au Maniema. Les chiffres, bien que précis, glacent le sang : le manque de sang est le principal facteur des décès en couches. « Nous avons constaté que le taux de décès maternels dans la province prend de l’ampleur », alerte Annie Kamwanya Manace, présidente provinciale de cette structure. Chaque accouchement peut basculer en urgence vitale, et sans transfusion immédiate, la mère et son bébé sont en danger de mort.

Mais pourquoi une telle pénurie ? Le Maniema, comme beaucoup de régions de RDC, ne dispose pas d’une banque de sang fonctionnelle accessible 24 heures sur 24. Imaginez une pompe à essence qui ne serait ouverte qu’à certaines heures ou qui n’aurait jamais de carburant : c’est exactement ce à quoi ressemble le système de transfusion sanguine local. Le sang, ce liquide vital, est trop souvent indisponible quand il est le plus nécessaire. Or, les hémorragies post-partum ne préviennent pas ; elles surgissent et réclament une réponse immédiate. Sans ce filet de sécurité, des femmes en bonne santé périssent d’une complication pourtant évitable.

Ce constat a poussé les sages-femmes du Maniema à réclamer, de toute la force de leur expérience, la création d’une banque de sang fonctionnelle. Bien plus qu’une demande, c’est un cri de survie. « Nous demandons la mise en place d’une banque de sang fonctionnelle 24 heures sur 24. Le manque de sang fait mourir les femmes en couches », a martelé Annie Kamwanya Manace. Soulignant leur engagement, plusieurs professionnelles se déclarent prêtes à devenir donneuses bénévoles pour alimenter ce dispositif. Une preuve que la solution peut venir aussi de l’intérieur, si les moyens suivent.

Au-delà de l’urgence transfusionnelle, les sages-femmes profitent de cette tribune pour soulever un autre problème, moins spectaculaire mais tout aussi crucial : la non-reconnaissance de leur statut professionnel. Beaucoup exercent sans matricule administratif, ni prime de fonction, ce qui freine leur mobilisation et leur motivation. Dans un système de santé fragilisé, cette démotivation silencieuse se paie en vies humaines. Une sage-femme non reconnue est une sage-femme moins efficace, et une chaîne de soins qui s’affaiblit.

Comment inverser la tendance ? Les spécialistes de la question sanitaire insistent : une banque de sang fonctionnelle, c’est le premier maillon d’une prise en charge obstétricale sécurisée. Cela implique un investissement public pour les infrastructures, une mobilisation communautaire pour le don de sang régulier, et une coordination entre les médias, les autorités et les professionnels de santé. Mais il faut également des campagnes de sensibilisation pour réduire la mortalité maternelle et néonatale, en rappelant que chaque geste, chaque goutte de sang, peut sauver deux existences à la fois.

Alors, que peuvent faire les simples citoyens ? D’abord, prendre conscience que le don de sang n’est pas seulement un geste héroïque, c’est une responsabilité collective. Ensuite, soutenir ces sages-femmes qui, par leur courage, tiennent debout un système défaillant. La journée mondiale qui leur était dédiée le 5 mai n’était pas une célébration, mais un cri de ralliement. Si les autorités provinciales entendent ce message, le Maniema pourrait bientôt voir la fin des décès en couches dus à l’absence de sang. L’espoir est là, aussi fragile qu’une veine, mais bien réel.

Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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