Comment un étudiant de Goma, dans un contexte sécuritaire précaire, peut-il espérer accéder à une formation de master au Maroc ? Jusqu’ici, les opportunités de mobilité internationale restaient un luxe pour la plupart des jeunes congolais. Pourtant, un nouveau partenariat académique RDC-Maroc vient bouleverser cette donne. L’Université des martyrs du Congo (UNIM-RDC), institution emblématique du Nord-Kivu, a signé le 5 mai 2026 à Rabat une convention avec l’Académie africaine de consulting et de dénie (AACG), ouvrant ainsi la voie à une coopération universitaire ambitieuse.
Le professeur Alisa Job Sambokera, secrétaire général à la recherche de l’UNIM-RDC, a dévoilé les contours de cet accord qui mise sur la mobilité étudiante et le renforcement des capacités académiques. « C’est un levier pour la coopération Sud-Sud », a-t-il souligné, insistant sur la nécessité de rapprocher les peuples congolais et marocain. Loin des discours abstraits, le partenariat se décline en mesures concrètes : des bourses d’études seront offertes aux étudiants et assistants de l’UNIM-RDC, tandis que des programmes d’échange permettront aux enseignants de se former au Maroc.
Ces bourses Congo Maroc ne se limitent pas à un simple soutien financier. Elles ciblent particulièrement les filières de master et de doctorat, avec un encadrement conjoint entre les deux institutions. Imaginez un étudiant en sciences sociales à Goma qui, grâce à ce dispositif, pourrait conduire sa thèse sous la direction de chercheurs marocains, tout en bénéficiant des infrastructures de l’AACG. L’accord prévoit aussi la mise en œuvre de projets de recherche communs, placés sous le thème d’une « Afrique sécurisée » – un enjeu vital pour une région comme le Nord-Kivu, marquée par des décennies d’instabilité.
Cette mobilité étudiante ne profitera pas seulement aux individus. En facilitant les allers-retours académiques, l’UNIM-RDC sème les graines d’une université ancrée dans les réalités continentales. Le partenariat illustre une tendance de fond : de plus en plus d’établissements congolais cherchent à s’arrimer aux réseaux africains pour contourner l’isolement et la fuite des cerveaux. Et les résultats pourraient être tangibles d’ici quelques années, avec des diplômés mieux outillés pour relever les défis locaux.
L’élan ne s’arrête d’ailleurs pas au Maroc. Le 7 mai, le recteur de l’UNIM-RDC a été reçu à Yaoundé par le ministre camerounais de l’Enseignement supérieur, afin d’évaluer un autre partenariat signé en 2024 avec l’Université de Ngaoundéré. Cette rencontre, moins médiatisée, confirme la volonté de l’université de Goma de tisser une toile de coopération universitaire à l’échelle du continent. Une stratégie payante ? Pour les étudiants qui rêvent d’une formation sans frontières, la réponse semble évidente. Reste à transformer ces signatures en actes, dans un pays où les bonnes intentions se heurtent souvent aux réalités logistiques. L’UNIM-RDC tiendra-t-elle ses promesses ? L’avenir de l’enseignement supérieur congolais en dépend peut-être.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
