« Je roule depuis des années sans jamais avoir eu de problème, mais aujourd’hui, on me demande de payer 12 000 francs pour un numéro sur ma moto. Est-ce vraiment pour la sécurité ou juste une nouvelle taxe ? » s’interroge Justin, conducteur de taxi-moto à Bunia, la mine perplexe. Comme lui, des centaines de motocyclistes affluent depuis mercredi 6 mai 2026 au bureau administratif de la commune de Mbunya pour se conformer à l’obligation d’identification et de numérotation de leurs engins.
Le lancement officiel de cette opération, dans cette commune pilote, marque un tournant dans la gestion des transports urbains à Bunia. Le bourgmestre de Mbunya, le commissaire supérieur Jean-Marie Fwamba Kashimbata, justifie cette mesure par un double objectif : d’une part, renforcer la sécurité dans une région meurtrie par des années d’insécurité, et d’autre part, améliorer la mobilisation des recettes locales. « Cette taxe de numérotation, fixée à 12 000 francs congolais par an, permettra à notre entité de réaliser des projets de développement au bénéfice de la population », a-t-il déclaré.
Mais derrière les mots rassurants, plusieurs questions demeurent. Comment cette taxe annuelle de 12 000 francs sera-t-elle utilisée ? Les recettes serviront-elles à réhabiliter les routes défoncées ou à éclairer les artères sombres de la ville ? La société civile de l’Ituri, souvent critique, attend des preuves tangibles. « Nous saluons toute initiative visant à mieux encadrer le secteur des taxis-motos, mais nous exigeons une gestion transparente des fonds collectés », indique un responsable local d’une association de jeunes, qui préfère garder l’anonymat.
Les conducteurs, eux, oscillent entre résignation et espoir. « Si ces mesures permettent de réduire les accidents et d’identifier les voleurs de motos, pourquoi pas ? Mais il faut que la taxe soit juste et que l’argent soit bien utilisé », confie Rachel, conductrice depuis deux ans. Les associations de conducteurs promettent de sensibiliser leurs membres pour une adhésion massive, tandis que plusieurs structures de jeunes plaident pour une extension de cette mesure dans toutes les communes de Bunia. « Il serait injuste que seuls les conducteurs de Mbunya soient soumis à cette obligation », estiment-ils.
L’identification des taxis-motos à Bunia s’inscrit dans une tendance plus large en République démocratique du Congo. Dans plusieurs grandes villes, la numérotation des motos est devenue un outil de régulation du transport informel. Mais à Bunia, où l’insécurité liée aux groupes armés et aux bandits à moto est récurrente, cette mesure revêt une dimension particulière. La sécurité des transports est un enjeu crucial pour les habitants, qui craignent que cette nouvelle obligation ne soit qu’un prétexte pour ponctionner davantage les petits conducteurs.
Alors que les opérations se poursuivent dans la commune de Mbunya, plusieurs observateurs s’interrogent : cette mesure sera-t-elle vraiment appliquée de manière équitable ? Les conducteurs les plus pauvres, qui peinent déjà à joindre les deux bouts, pourront-ils s’acquitter de cette taxe annuelle de 12 000 francs sans risquer de perdre leur gagne-pain ? La réponse dépendra de la volonté politique et de la capacité des autorités locales à instaurer un dialogue permanent avec les acteurs du secteur.
En attendant, les motos numérotées commencent à circuler dans les rues de Bunia, arborant fièrement leur nouveau matricule. Pour la population, c’est un signe que l’ordre se met en place, mais aussi un rappel que la route est encore longue pour concilier sécurité, développement et justice sociale dans cette région de l’Ituri. L’identification des taxis-motos n’est qu’un début ; reste à savoir si elle sera le point de départ d’une réforme plus profonde du transport urbain à Bunia.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
