« Nous sommes coincés ici depuis ce matin. Impossible de traverser. Cette route, c’est notre gagne-pain. Chaque jour perdu est un manque à gagner énorme », lâche, dépité, un taximan bloqué sur les berges du pont Chabakungu. Depuis le mardi 28 avril, le trafic est totalement interrompu sur l’axe Itebero–Hombo, dans le territoire de Walikale au Nord-Kivu. L’ouvrage, déjà fragilisé par des années de dégradation, a cédé sous le poids d’une moto chargée de bagages et de deux passagers. Aucune perte humaine n’est à déplorer, mais la paralysie du trafic sur cette portion stratégique de la Route nationale n°3 (RN3) plonge des centaines de familles dans l’incertitude.
Sur place, une vingtaine de motos transportant des marchandises en provenance de Hombo et des passagers vers cette même destination restent embourbées de part et d’autre de la brèche. « Nous transportons des produits essentiels pour Walikale. Si la route est coupée, les prix vont monter et la population va souffrir », ajoute un autre conducteur, le regard perdu sur les eaux qui séparent désormais les deux rives. Comment, dans ces conditions, approvisionner les marchés locaux en farine, en huile, en sel ou en médicaments ? La question taraude déjà les opérateurs économiques du territoire.
Le pont Chabakungu effondré n’est pas un simple incident technique. Il révèle la fragilité criante des infrastructures dans cette région enclavée du Nord-Kivu. Cet axe constitue en effet l’un des trois principaux corridors d’approvisionnement du territoire de Walikale, avec les routes reliant Goma et Kisangani. Sans lui, c’est toute la chaîne d’approvisionnement qui vacille. Les produits manufacturés, les denrées de première nécessité, les matériaux de construction : tout transite par ces ponts vétustes qui menacent de s’effondrer à la moindre pluie ou au moindre passage.
L’économie locale Walikale, déjà fragilisée par l’insécurité et l’enclavement, encaisse un nouveau coup dur. Les prix des biens importés risquent de flamber, tandis que les producteurs locaux, notamment dans les zones agricoles de Hombo, ne pourront plus écouler leurs récoltes. « C’est un cercle vicieux », confie un commerçant rencontré à Itebero. « Moins de circulation, moins de revenus, plus de souffrance pour les ménages. » Les taximen, qui assurent la liaison entre les villages et les centres urbains, voient leurs revenus fondre. Et avec eux, des familles entières dépendent de ce trafic quotidien.
Face à cette catastrophe routière, les usagers lancent un appel pressant aux autorités compétentes. « Nous demandons au gouvernement de réhabiliter ce pont en urgence. Sans cela, toute l’économie locale est menacée », insiste un autre taximan, le ton grave. La réhabilitation pont urgent devient le mot d’ordre sur les berges du Chabakungu. Mais combien de temps faudra-t-il attendre ? Les précédents dans la région ne sont pas rassurants : des routes restées impraticables pendant des mois, des ponts jamais reconstruits, des promesses non tenues.
Le trafic RN3 Nord-Kivu est aujourd’hui interrompu, mais ce sont les vies des centaines de milliers d’habitants du territoire de Walikale qui sont suspendues. L’effondrement du pont Chabakungu n’est pas un simple fait divers. C’est le symptôme d’un abandon chronique des infrastructures rurales, d’une gestion à courte vue qui sacrifie les besoins des populations les plus isolées. Alors que les motos bloquées rouillent sous le soleil, une question revient, lancinante : combien de drames économiques et humains faudra-t-il encore pour que l’État réagisse ? Les habitants de Walikale, eux, n’attendent plus que des actes.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
