À Kinshasa, la célébration du quatrième anniversaire de l’Alliance pour le Changement (ACh) a pris des accents de réquisitoire. Vendredi, devant une foule de militants acquis à sa cause, Jean-Marc Kabund, ancien député national et figure de l’opposition, a dévoilé un chiffre qui fait jaser dans les allées du pouvoir : 700 millions de dollars américains. Ce montant, selon lui, serait le coût des travaux de construction d’un nouvel aéroport international de N’Djili, un projet qu’il qualifie sans ambages de « scandale financier ».
L’ancien allié de Félix Tshisekedi, devenu l’un de ses critiques les plus acerbes, a tiré à boulets rouges sur ce qu’il perçoit comme un mauvais usage des deniers publics. « Récemment j’ai voyagé par l’aéroport N’djili, et j’ai vu que des travaux s’exécutent. On dit qu’on construit un nouvel aéroport dans l’ancien aéroport de N’djili. Son coût s’élève à 700 millions de dollars. Un aéroport est-il une urgence ou une priorité dans ce pays, surtout ici à Kinshasa ? Parce que la piste que nous avons sert déjà de décollage et d’atterrissage des avions. Soyons sérieux. 700 millions de dollars alors que toutes les provinces sont enclavées ! », s’est exclamé l’opposant, visiblement remonté.
Le choix de ce combat n’est pas anodin. Alors que le gouvernement justifie cette dépense par la nécessité de moderniser une infrastructure datant de l’époque coloniale (1959), Kabund pointe du doigt une inversion des priorités. « Comment peut-on engloutir une telle somme dans un aéroport, alors que des provinces comme le Maniema, le Nord-Kivu ou le Kasaï-Oriental n’ont même pas de routes carrossables ? », interroge-t-il, avant de laisser planer un doute sur la légalité des procédures de passation de ce marché.
Le timing de cette révélation interpelle. L’opposant a choisi le moment où le gouvernement congolais annonce avoir levé 1,25 milliard de dollars via sa première émission d’Eurobond, censée financer des projets structurants du Programme national stratégique de développement (PNSD) 2024-2028. Dans la liste des priorités officielles figure en bonne place la modernisation de l’aéroport de N’Djili. Mais pour Kabund, ce n’est qu’un alibi pour « pomper l’argent public au profit d’un clan ».
Cette sortie médiatique n’est pas sans rappeler les méthodes de l’ancien secrétaire général de l’UDPS, rompu aux coups d’éclat. À travers l’Alliance pour le Changement, parti créé après sa rupture fracassante avec la majorité présidentielle, il semble vouloir occuper le terrain de la critique économique et sociale, là où le pouvoir se montre parfois frileux. Peut-être cherche-t-il à capitaliser sur le mécontentement croissant face à la cherté de la vie et à l’enclavement des provinces.
Mais au-delà de la polémique, une question demeure : ces 700 millions seront-ils réellement affectés à la modernisation d’un aéroport déjà opérationnel, ou s’agit-il d’une opération de communication pour justifier un emprunt massif ? Jean-Marc Kabund, en fidèle tacticien, rappelle que le peuple congolais mérite mieux que des « infrastructures de prestige » quand les routes, les hôpitaux et les écoles crient famine.
Il y a fort à parier que ce dossier, habilement lancé dans l’arène politique, deviendra l’un des points de friction entre l’opposition et le gouvernement dans les semaines à venir. Et si l’on en croit le ton employé par l’ancien député national, l’Alliance pour le Changement entame une nouvelle séquence politique où la traque des « scandales » pourrait bien rythmer l’actualité.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
