La République démocratique du Congo (RDC) pourrait se trouver au cœur d’une nouvelle controverse migratoire. Selon des informations révélées par le New York Times, l’administration de Donald Trump serait en pourparlers avancés avec Kinshasa pour y transférer environ 1 100 migrants afghans en situation irrégulière. Ce projet intervient alors que la RDC vient d’accueillir, il y a quelques semaines, un premier groupe de 15 ressortissants expulsés des États-Unis. Une situation qui soulève de nombreuses interrogations sur la capacité du pays à gérer un afflux d’une telle ampleur, dans un contexte déjà marqué par une crise humanitaire chronique.
Les migrants afghans concernés ne sont pas des anonymes. D’après le quotidien américain, il s’agit en grande majorité d’interprètes ayant collaboré avec l’armée américaine pendant la guerre en Afghanistan, d’anciens membres des forces spéciales afghanes et de proches de militaires américains. Le groupe comprend plus de 400 enfants, ce qui rend la situation particulièrement délicate sur le plan humanitaire. Ces personnes vivent depuis plus d’un an dans l’incertitude au Qatar, sur l’ancienne base militaire américaine d’As Sayliyah, où elles ont été évacuées après la prise de pouvoir des Talibans en 2021.
Shawn VanDiver, président de l’organisation humanitaire AfghanEvac, a confirmé avoir été informé du projet par des responsables du département d’État américain. Selon lui, ces Afghans seraient confrontés à un choix cornélien : retourner en Afghanistan sous le régime des Talibans – ce qui signifierait pour beaucoup une menace directe sur leur vie – ou accepter d’être transférés en RDC, un pays en proie à une insécurité endémique et à une pauvreté massive. « Comment justifier qu’on leur impose une telle décision ? », s’interroge l’activiste. Les pourparlers Trump avec Kinshasa suscitent déjà des critiques parmi les défenseurs des droits humains, qui y voient un moyen pour Washington de se décharger de ses responsabilités.
Le précédent des 15 migrants déjà expulsés des États-Unis vers la RDC avait suscité peu de réactions, mais l’ampleur de ce nouveau projet – plus de 1 100 personnes – change la donne. Depuis août 2021, plus de 190 000 Afghans ayant aidé les forces américaines ont été réinstallés aux États-Unis après des vérifications de sécurité. Pourtant, plus de 1 100 d’entre eux restent bloqués au Qatar, dans l’attente d’une solution durable. Le choix de la RDC comme terre d’accueil interroge : le pays, déjà confronté à des déplacements massifs de population dans l’Est, à une crise alimentaire et à une épidémie de choléra, a-t-il les moyens d’intégrer ces nouveaux arrivants ?
Pour l’heure, le gouvernement congolais n’a pas officiellement réagi à ces informations. Les observateurs redoutent que cet accord, s’il se confirme, ne devienne un nouveau foyer de tensions politiques et sociales. « La RDC est-elle vraiment en mesure d’assumer une telle responsabilité ? », se demande un analyste basé à Kinshasa. Les implications de ces expulsions États-Unis vers la RDC dépassent le simple cadre migratoire : elles touchent à la souveraineté nationale, à la gestion des crises humanitaires et aux relations diplomatiques entre les deux pays. Alors que les discussions se poursuivent, l’avenir de ces migrants afghans reste suspendu à une décision qui pourrait marquer un tournant dans la politique migratoire américaine en Afrique centrale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: mediacongo.net
