Une mobilisation inédite des chefs traditionnels secoue le territoire de Djugu, en Ituri. Depuis plusieurs jours, les autorités coutumières des secteurs de Walendu Djatsi et Walendu Pitsi parcourent la région. Leur mission ? Convaincre les milliers de personnes déplacées par les violences de revenir dans leurs villages. Cette campagne active pour le retour des déplacés Ituri s’appuie sur un argument central : la sécurité est désormais rétablie.
La tournée de sensibilisation cible les sites de refuge où survivent des populations dans des conditions extrêmement précaires. Les chefs traditionnels, figures respectées, font du porte-à-porte. Ils informent, rassurent et exhortent. Leur message est clair : l’heure du retour dans les villages a sonné. Les conditions de vie dans les camps, marquées par la rareté de l’aide humanitaire, ne peuvent plus être une option durable. Mais cette persuasion suffira-t-elle à vaincre les traumatismes et les peurs ?
Le pilier de cet appel au retour est le rétablissement de la sécurité à Djugu. Les autorités coutumières insistent : la présence des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) a été substantiellement renforcée. Ces mois de calme relatif ne seraient pas un mirage. Les militaires patrouillent et assurent la protection des civils et de leurs biens. Cette protection des FARDC en Ituri est présentée comme le rempart ayant permis l’accalmie. Des localités autrefois théâtres d’affrontements, comme Kobu, Bambu, Nizi, Fataki, Djugu-centre et Lopa, connaissent désormais une paix fragile mais tangible.
Au-delà de l’appel au retour, les autorités coutumières de l’Ituri portent un plaidoyer double. D’une part, elles exhortent les communautés à œuvrer pour une cohabitation pacifique. La réconciliation est érigée en condition sine qua non d’une paix durable. D’autre part, elles mènent un travail crucial d’identification des besoins des retournés. Ce recensement vise à interpeller les acteurs humanitaires et étatiques. L’objectif est d’obtenir un accompagnement concret pour la réinstallation : abris, semences, outils, et accès aux services de base.
Sur le terrain, le mouvement est déjà enclenché. Dans plusieurs zones, les retournés ont repris le cours de leurs vies. Les activités économiques reprennent progressivement. Les marchés renaissent, les champs sont à nouveau cultivés. L’exploitation artisanale de l’or et l’élevage de petit bétail redémarrent. Ces signes de normalisation sont brandis par les chefs comme la preuve que la vie peut l’emporter.
Pourtant, une ombre persiste au tableau. Malgré la précarité des camps et les appels pressants, une partie des déplacés résiste. L’hésitation est palpable. La mémoire des violences est tenace, et la confiance dans la stabilité à long terme n’est pas encore totale. Certains redoutent un revers de situation, une recrudescence des tensions. La peur de retomber dans le cycle infernal de la violence et du déplacement bloque la décision de rentrer. Cette frange de la population attend peut-être des garanties plus solides, notamment en termes d’assistance à la réintégration.
La campagne des autorités traditionnelles marque un tournant dans la gestion post-conflit en Ituri. Elle place la légitimité locale et le dialogue communautaire au cœur du processus de retour. Le succès de cette initiative dépendra de la capacité à transformer la sécurité militaire actuelle en une sécurité humaine globale. Les prochaines semaines seront décisives. Elles révéleront si l’espoir porté par les chefs suffit à panser les plaies et à ramener définitivement les familles sur leurs terres. La stabilisation de l’Ituri passe par ce retour réussi des déplacés dans leurs villages, un défi immense que les communautés tentent de relever, jour après jour.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
