La situation sécuritaire se dégrade de manière alarmante dans le groupement de Buabo, au territoire de Masisi, Nord-Kivu. Les civils vivent dans la terreur, pris en étau entre des groupes armés non identifiés et les rebelles de l’AFC-M23 qui occupent la zone. Un silence lourd pèse sur les villages, rompu seulement par les bruits nocturnes des pillages et des violences.
Selon un rapport accablant publié par la société civile locale, les trois dernières semaines ont été marquées par une recrudescence d’actes d’une brutalité rare. Entre le 15 mars et le 15 avril 2026, plusieurs localités ont été systématiquement saccagées. Quatre hommes ont été exécutés sommairement, tandis que de nombreuses autres personnes ont été grièvement blessées par balles ou à l’arme blanche. Les assaillants, opérant principalement sous le couvert de l’obscurité, sèment la désolation et fuient avant que leur identification ne soit possible.
Mais le tableau dressé par les acteurs citoyens va plus loin. Deux civils ont été torturés par des éléments de l’AFC-M23, dont la présence dans la région est avérée. Cette révélation jette une lumière crue sur le quotidien des populations, prises pour cibles par des forces supposées contrôler le territoire. Les villages de Mafuo, Kishondja, Butambo et Bulwa figurent parmi les plus récemment frappés par cette vague d’insécurité. Ailleurs, dans les localités de Muhanga, Lushebere, Bushiha et Kibarangiriro, vingt-cinq personnes, dont quinze femmes, ont été attaquées à la machette, laissant des séquelles physiques et psychologiques profondes.
Le système de santé, déjà fragile, n’a pas été épargné. Dans un acte d’une cruauté insondable, le centre de santé de Buabo a été pillé dans la nuit de lundi à mardi dernier. Tous les médicaments et équipements médicaux ont été dérobés, privant ainsi des communautés entières de tout accès aux soins de base. Ce pillage aggrave une situation humanitaire déjà précaire, plongeant les habitants dans un désarroi absolu face à la maladie et aux blessures.
Face à cette spirale de violence, les populations n’ont d’autre choix que la fuite. Un exode massif est en cours vers Masisi-Centre, où les déplacés arrivent dans des conditions de précarité extrême. Comment peut-on envisager un avenir lorsque l’on est contraint d’abandonner son foyer, ses terres et ses souvenirs ? Cette crise humanitaire silencieuse met en lumière l’échec de la protection des civils dans cette partie du Nord-Kivu.
Les conséquences de cette insécurité dépassent le cadre immédiat des violences. Le calendrier scolaire est gravement perturbé, compromettant l’éducation d’une génération entière d’enfants. Les activités agricoles et économiques sont à l’arrêt, condamnant les familles à la dépendance à l’aide extérieure. La société civile de Buabo lance un appel urgent et pressant aux autorités compétentes, tant nationales que provinciales. Elle réclame une intervention rapide et musclée pour mettre un terme à l’impunité et rétablir un semblant de sécurité.
La question qui demeure est simple : jusqu’à quand les civils du territoire de Masisi devront-ils servir de monnaie d’échange dans un conflit dont ils ne sont pas les acteurs ? Les pillages et les tueries à Buabo ne sont pas des faits divers, mais le symptôme d’une crise sécuritaire plus large qui mine la stabilité de toute la région. Sans une réponse coordonnée et déterminée, le risque est de voir des villages entiers se vider de leurs habitants, transformant une terre fertile en zone fantôme. L’urgence est absolue.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
