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Kasaï-Central : l’interdiction annuelle des maquis pour élèves finalistes, une mesure sans effet ?

À l’approche de l’examen d’Etat, un rite quasi traditionnel refait surface dans la province du Kasaï-Central : l’interdiction des séances de maquis pour les élèves finalistes. Une correspondance officielle de l’Inspection principale provinciale de l’Éducation nationale, datée du 10 avril, a rappelé aux chefs d’établissements scolaires que cette pratique n’était pas autorisée. Pour les autorités éducatives, ces retraites de révision, organisées en dehors du cadre scolaire, représentent un terreau fertile à la dépravation des mœurs parmi la jeunesse.

Boecien Kamanga, inspecteur provincial intérimaire, a été catégorique. Non seulement les séances de révision en maquis ne sont pas reconnues par la loi-cadre de l’enseignement, mais elles favoriseraient également des dérives comportementales chez les élèves. Cette décision vise à encadrer strictement la préparation de l’examen d’Etat en RDC, une épreuve cruciale pour l’avenir de milliers de jeunes. Mais cette interdiction est-elle réellement nouvelle ? Et surtout, est-elle appliquée ?

Chaque année, le scénario se répète. L’interdiction est prononcée, puis contournée. Loin des salles de classe, des groupes d’élèves louent des maisons pour réviser ensemble, souvent sans aucun encadrement pédagogique. Cette persistance soulève une question fondamentale : si la pratique est si néfaste, pourquoi parvient-elle à survivre aussi systématiquement aux décrets ? Le mouvement citoyen Filimbi, par la voix de son coordonnateur provincial André Mujangi, dénonce cette schizophrénie administrative. « L’IPP doit travailler en collaboration avec la police et l’ANR pour suivre cet aspect de maquis », explique-t-il, pointant du doigt l’écart entre les directives officielles et la réalité du terrain.

Cette situation met en lumière un double problème dans le secteur de l’éducation au Kasaï-Central. D’un côté, une volonté affichée de moraliser les pratiques et de protéger les élèves. De l’autre, une incapacité structurelle à offrir des alternatives viables et un environnement de révision adéquat au sein des écoles elles-mêmes. Les maquis élèves finalistes ne sont-ils pas, au fond, le symptôme d’un système éducatif qui peine à assurer les conditions optimales de préparation à ses propres examens ?

La réponse des autorites a été de menacer les chefs d’établissements de sanctions en cas de violation. Pourtant, cette mesure punitive semble ignorer les racines du phénomène. Les élèves et leurs parents recherchent avant tout l’efficacité et la concentration, qu’ils estiment ne pas trouver dans le cadre scolaire traditionnel, souvent marqué par des effectifs pléthoriques et un manque de moyens. L’interdiction pure et simple, sans solution de remplacement, ressemble à un vœu pieux.

Quels sont donc les risques réels liés à ces maquis ? Au-delà des craintes de dépravation des mœurs scolaires, ces séances non supervisées posent des questions de sécurité, d’équité entre les élèves qui peuvent se les payer et ceux qui ne le peuvent pas, et de la qualité même des révisions. Sans enseignant pour guider les apprentissages, les élèves risquent de passer à côté d’éléments essentiels du programme ou de propager entre eux des erreurs.

La conclusion de ce débat récurrent semble toujours reportée. André Mujangi appelle à des « actions concrètes sur le terrain ». Cette injonction résume tout l’enjeu : il ne suffit pas d’interdire, il faut proposer. L’amélioration des conditions d’étude dans les écoles, l’organisation de séances de révision officielles et encadrées, ou encore un meilleur suivi psychologique des candidats pourraient être des pistes. Tant que ces alternatives ne seront pas mises en place, les « maquis » continueront de prospérer dans l’ombre, et les interdictions annuelles ne seront qu’un rituel sans effet, laissant les élèves finalistes naviguer seuls dans les eaux troubles de la préparation à l’examen d’Etat.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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