Les robinets sont secs, les bidons vides, et l’angoisse grandit chaque jour un peu plus. À Beni, dans la province du Nord-Kivu, une crise silencieuse mais dévastatrice s’est installée dans plusieurs quartiers. Comment des familles peuvent-elles vivre normalement lorsque l’eau, ce besoin le plus élémentaire, vient brutalement à manquer ? C’est la question que se posent des centaines de ménages, livrés à eux-mêmes face à une pénurie d’eau à Beni qui s’éternise depuis plusieurs semaines. Des zones comme Résidentiel, Kanzuli, Tamende, Ntony ou Macampagne semblent tout simplement oubliées par le réseau de distribution.
Le quotidien est devenu un parcours du combattant. « Nous en sommes à notre troisième semaine sans une seule goutte d’eau de la REGIDESO », confie, la voix lourde de fatigue, une mère de famille du quartier Résidentiel. « Cela nous brise le moral. Des tâches aussi simples que nettoyer la maison, préparer les repas ou envoyer les enfants propres à l’école se transforment en épreuves insurmontables. » Ce témoignage n’est pas isolé. Il reflète la détresse collective d’une population confrontée à une rupture brutale de son accès à l’eau potable.
Face au silence des tuyaux, les habitants sont contraints de prendre des risques. Pour survivre, ils se tournent vers des sources alternatives, souvent insalubres. Le ballet matinal vers les puits a repris, tandis que d’autres doivent débourser des sommes précieuses pour acheter de l’eau de forage, dont la qualité n’est jamais garantie. « Nous nous réveillons à l’aube pour puiser, mais parfois le puits est à sec. Alors, on achète. Mais cette eau-là… elle provoque des maladies, des démangeaisons sur la peau après la douche », explique une habitante de Kanzuli, soulignant le dilemme cruel entre santé et nécessité. Cette crise eau REGIDESO n’est donc pas qu’une simple gêne ; elle est une menace directe pour la santé publique.
Cette situation révèle et amplifie les profondes inégalités sociales. Les plus pauvres, déjà vulnérables, sont les premiers et les plus durement touchés. Le temps perdu à la recherche d’eau, l’argent dépensé pour en acheter, les maladies contractées… autant de facteurs qui plongent un peu plus les familles dans la précarité. Les femmes et les jeunes filles, traditionnellement chargées de la corvée d’eau, voient leur sécurité compromise et leurs opportunités d’éducation ou de travail réduites. Les problèmes sociaux à Beni trouvent ici un terreau fertile, où la frustration et le sentiment d’abandon ne cessent de croître.
Mais où sont les responsables ? Face à cette urgence, le silence des autorités en charge de la distribution est assourdissant. Les tentatives pour obtenir des explications de la part du responsable local de la REGIDESO sur les causes de cette rupture prolongée sont restées vaines. Comment expliquer ce mutisme face à une population en détresse ? Quelles sont les véritables raisons de cette défaillance technique ou logistique ? Ce manque de transparence nourrit les rumeurs et érode un peu plus la confiance déjà fragile des citoyens envers les services publics. La crise eau REGIDESO est aussi une crise de gouvernance.
Les enjeux dépassent largement le simple confort. Il s’agit d’une question vitale de santé publique en RDC. La consommation d’eau non traitée expose la population à des maladies hydriques comme le choléra, la typhoïde ou des parasitoses, qui pourraient rapidement se transformer en épidémies dans des quartiers densément peuplés. Les structures de santé, souvent déjà débordées, seraient immédiatement saturées. Cette pénurie d’eau à Beni crée donc une bombe à retardement sanitaire que les autorités ne peuvent plus ignorer.
En définitive, l’eau qui ne coule plus à Beni est le symptôme d’une fragilité plus large. Elle interroge la résilience des infrastructures, la responsabilité des gestionnaires et la capacité de l’État à garantir un droit fondamental à ses citoyens. En attendant une solution, des quartiers entiers du Nord-Kivu vivent au ralenti, dans l’incertitude et le risque. La question n’est plus de savoir quand l’eau reviendra, mais combien de vies seront affectées d’ici là. La communauté attend, impatiente et inquiète, non seulement la restitution d’un service, mais aussi des comptes et des garanties pour l’avenir.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
