Le processus de succession à la tête des Nations Unies bat son plein, avec l’élection du prochain secrétaire général de l’ONU prévue pour 2026. Alors que le mandat d’António Guterres s’achève dans moins de deux ans, plusieurs candidats ont d’ores et déjà fait acte de candidature, engageant une campagne diplomatique d’envergure mondiale. Parmi eux, l’ancien président sénégalais Macky Sall multiplie les démarches pour recueillir des soutiens, accordant une importance particulière au continent africain.
Dans ce contexte, une rencontre significative s’est tenue récemment à New York. Macky Sall a été reçu à la représentation permanente de la République démocratique du Congo auprès de l’ONU par l’ambassadeur Zénon Mukongo Ngay. L’objectif de cette visite était clair : présenter sa vision et solliciter activement le soutien de Kinshasa dans la course au poste de secrétaire général ONU. Cette démarche n’est pas anodine. La RDC, par son poids démographique, géopolitique et son rôle central dans les problématiques de paix et de sécurité en Afrique centrale, constitue un allié de poids dans toute négociation internationale.
Le candidat sénégalais ne s’est pas arrêté à cette seule rencontre new-yorkaise. Dans une vidéo diffusée à cette occasion, il a rappelé s’être entretenu directement, il y a peu, avec le président Félix Tshisekedi à Kinshasa. Macky Sall a explicitement qualifié la RDC d’« acteur majeur du continent », soulignant ainsi la dimension stratégique de son soutien. Cette double sollicitation, à la fois à New York et dans la capitale congolaise, illustre la méthodique campagne de la diplomatie africaine que mène l’ancien chef d’État.
Mais quelle est la substance de la vision portée par Macky Sall ? Lors de ses présentations, il a placé au cœur de son discours la nécessité de renforcer la voix de l’Afrique sur la scène internationale. Dans un monde secoué par des crises multiples, des incertitudes géopolitiques et des inégalités économiques croissantes, les pays en développement, et notamment les nations africaines, peinent souvent à se faire entendre. Le candidat plaide pour un multilatéralisme réformé, plus équitable, capable de répondre aux défis contemporains. Il appelle à un partenariat économique plus équilibré et à un meilleur accès aux financements internationaux pour le continent.
Les échanges ont également porté sur des sujets brûlants directement liés aux préoccupations de la RDC. Macky Sall a promis, en cas d’élection, d’accorder une « attention particulière » à la situation sécuritaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Il a analysé la crise persistante dans cette région en la liant à la présence de forces extérieures, une position qui résonne avec les arguments souvent avancés par Kinshasa. Sa proposition pour y remédier repose sur une approche fondée sur la confiance entre États, le respect strict de la souveraineté nationale et de l’intégrité territoriale, ainsi que la promotion conjointe de la paix et de la stabilité économique. Cette prise de position ciblée est évidemment perçue comme un gage tangible adressé à ses interlocuteurs congolais.
La RDC soutien candidature de Macky Sall représenterait-elle un tournant ? Un soutien officiel de Kinshasa serait un signal fort envoyé à la fois à l’Union africaine et à la communauté internationale. Il scellerait une alliance entre deux poids lourds du continent francophone et amplifierait la légitimité panafricaine de la candidature sénégalaise. Cependant, la décision congolaise s’inscrira dans une analyse géostratégique plus large, pesant les intérêts nationaux et les relations avec les autres puissances impliquées dans le dossier sécuritaire de l’Est.
Le processus de désignation du futur secrétaire général, régi par les résolutions de l’Assemblée générale des Nations Unies, prône la transparence et l’inclusivité. Officiellement lancé fin novembre 2025 par une lettre conjointe, il prévoit notamment la soumission officielle des candidatures par les États membres, accompagnées d’une déclaration de vision et d’un curriculum vitae. Une phase cruciale débutera le 20 avril 2026 avec l’organisation de « dialogues interactifs » publics entre les candidats et les représentants des États membres, le tout diffusé en ligne sur UN WebTV. Ces joutes verbales seront déterminantes pour jauger la stature et les propositions de chaque prétendant.
La compétition s’annonce serrée. Macky Sall n’est en effet pas le seul en lice. Des personnalités de premier plan comme l’ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet, le directeur général de l’Agence internationale de l’énergie atomique Rafael Grossi, ou encore la secrétaire générale de la CNUCED Rebeca Grynspan, ont également déposé leur candidature. Chacune apporte son expérience et son réseau, faisant de cette élection ONU 2026 l’une des plus ouvertes de ces dernières décennies.
L’enjeu, finalement, dépasse la seule personne du futur secrétaire général. Il s’agit de définir l’orientation d’une institution mondiale à un moment critique de l’histoire. Les appels à une réforme en profondeur du Conseil de sécurité, à une meilleure représentation des pays du Sud, et à une organisation plus efficace dans la gestion des conflits et des pandémies, sont incessants. La candidature de Macky Sall, en se présentant comme le porte-voix d’une Afrique exigeant plus de place à la table des décisions, incarne ces attentes de changement. Le soutien ou non de la RDC, dans les semaines à venir, sera un premier indicateur de la capacité de cette candidature à fédérer au-delà de l’Afrique de l’Ouest et à peser dans la course finale qui se jouera entre les murs du siège new-yorkais de l’ONU.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
