Dans le village de Mukumbi, au cœur de la province du Lualaba, le silence de la nuit est désormais troublé par les pleurs d’enfants et les murmures de désespoir d’adultes privés de tout. « Nous dormons sur le sol froid des églises, sans savoir de quoi demain sera fait. Nos champs, notre vie, tout a été rasé », confie, la voix tremblante, un habitant dont le visage raconte une histoire de perte et de résignation. Cette détresse palpable trouve sa source dans l’arrivée de l’entreprise minière CHEMAF, accusée par la communauté d’avoir orchestré une dépossession systématique de leurs terres, plongeant des familles entières dans une précarité extrême. Le conflit minier en RDC, souvent relégué à des chiffres et des rapports, prend ici un visage humain, déchirant.
Les témoignages recueillis auprès des villageois déplacés de Mukumbi dressent un tableau alarmant. L’installation des engins miniers de CHEMAF a sonné le glas d’une stabilité socio-économique précaire mais réelle. Les champs de manioc et de maïs, sources ancestrales de subsistance, ont été littéralement avalés par les excavations. Les habitations, construites avec le labeur de toute une vie, ont été réduites en tas de gravats sans avertissement suffisant, selon les victimes. « Ils sont arrivés comme un ouragan. Nos biens ont été brûlés, nous avons été chassés sans ménagement. Où est la justice ? », s’interroge une femme, les yeux remplis d’une colère impuissante. Cette dépossession des terres au Lualaba n’est pas un simple différend foncier ; c’est l’arrachement brutal d’une communauté à ses racines.
Les conséquences de cette expulsion sont catastrophiques. Privés de leurs moyens de subsistance, les villageois déplacés du Lualaba survivent désormais dans des conditions d’insalubrité totale. L’accès à l’eau potable est un combat quotidien, la nourriture se fait rare, et les maladies prospèrent dans ces environnements de promiscuité. Le plus lourd tribut est payé par les enfants. « Ils ne vont plus à l’école. Comment pourraient-ils ? Nous n’avons plus de maison, plus de revenus. L’avenir de toute une génération est sacrifié sur l’autel de l’exploitation minière », déplore un père de famille. Cette situation pose une question rhétorique cruciale : jusqu’où le développement minier doit-il se faire au détriment des droits humains les plus fondamentaux ?
Face à ce qu’ils qualifient d’injustice flagrante, les habitants de Mukumbi ont formulé des revendications claires. Ils exigent une indemnisation juste et préalable pour la perte de leurs cultures et de leurs habitations, un principe pourtant consacré par la loi. Ils réclament également une relocalisation digne, vers un site de recasement sécurisé et viable, où ils pourraient reconstruire leur vie. Ne trouvant pas d’écho auprès de l’entreprise, la communauté s’est tournée vers le pouvoir provincial. Dans un appel poignant, ils sollicitent l’implication personnelle de la gouverneure du Lualaba, Fifi Masuka, pour arbitrer ce conflit qui oppose une communauté locale à un géant minier. « Mukumbi est notre village, nous y avons vécu des années. Que maman Fifi écoute nos pleurs et vienne à notre secours », plaident-ils. L’action ou l’inaction des autorités face à cet appel sera un test décisif pour la protection des droits des communautés dans les zones minières.
À ce jour, l’opacité persiste autour de ce dossier. Les tentatives pour obtenir la version des faits de l’entreprise CHEMAF, ainsi que celle du ministre provincial des Mines, sont restées sans réponse. Ce silence nourrit le sentiment d’impunité et d’abandon chez les villageois. Le cas de Mukumbi n’est malheureusement pas isolé ; il reflète les tensions récurrentes entre les promoteurs miniers et les populations locales en RDC. Il interpelle sur les mécanismes de consultation, de compensation et de suivi des projets d’investissement. Comment concilier l’impératif économique national avec le droit inaliénable des citoyens à la terre et à un cadre de vie décent ?
L’histoire des villageois de Mukumbi, chassés par les pelleteuses de CHEMAF, est un cri d’alarme. Elle met en lumière les failles d’un système où l’exploitation des richesses du sous-sol congolais se fait parfois au prix de déplacements forcés et de vies brisées. La balle est désormais dans le camp des autorités, notamment de la gouverneure Fifi Masuka, dont la réponse est attendue avec anxiété. La résolution de ce conflit minier à Mukumbi sera un indicateur fort de la volonté politique de placer l’humain au centre du développement dans le Lualaba et en République Démocratique du Congo. En attendant, des familles continuent de vivre dans la détresse, espérant que leurs voix ne se perdront pas dans le bruit des machines.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
