Le gouvernement de la République démocratique du Congo vient de poser un diagnostic sévère sur le secteur privé du placement, révélant une situation où l’irrégularité est devenue la norme plutôt que l’exception. Lors de la 85e réunion du Conseil des ministres présidée par la Première ministre Judith Suminwa, le ministre de l’Emploi et du Travail, Ferdinand Massamba Wa Massamba, a présenté une note d’information qui a jeté une lumière crue sur le fonctionnement des services privés de placement (SPP) en RDC.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : sur 625 SPP répertoriés à travers le pays, seuls 223 sont en règle, laissant 402 structures, soit près de 65%, opérer dans l’illégalité. Cette situation alarmante soulève une question fondamentale : comment un secteur censé faciliter l’accès à l’emploi peut-il fonctionner majoritairement en dehors du cadre légal ? Les conséquences de cette informalité sont lourdes pour les travailleurs et pour l’État. Le compte rendu ministériel détaille les manquements : absence d’agrément par le Ministère de l’Emploi et du Travail, contrats de travail inexistants, prise en charge médicale défaillante, non-application du SMIG, et surtout, non-reversement des cotisations sociales et de l’Impôt sur les Personnes Physiques. Cette dernière omission prive non seulement les travailleurs de leur protection sociale future, mais aussi l’État de ressources fiscales cruciales pour son développement.
Face à ce constat, le ministre Ferdinand Massamba a proposé au Conseil des ministres une stratégie en deux phases. D’abord, un moratoire de 30 jours sera accordé pour permettre un transfert ordonné des contrats de travail vers les sociétés en règle, garantissant ainsi la continuité de l’emploi et la prise en charge des employés concernés. Ensuite, un ultimatum tombera : les 402 Services Privés de Placement qui persisteront dans l’illégalité après ce délai seront purement et simplement fermés. Cette approche combine donc une période de régularisation avec une fermeté affirmée, démontrant la volonté du gouvernement de nettoyer un secteur devenu hors de contrôle.
Parallèlement à cette offensive contre l’informalité dans le placement, le ministère de l’Emploi et du Travail avance sur le front de la formation professionnelle. Ferdinand Massamba a rassuré quant à l’achèvement des travaux de construction des centres de l’Institut National de Préparation Professionnelle (INPP) à Maluku, Kolwezi et Kisangani, désormais prêts à être inaugurés. Concernant le centre de Kalemie, dont la création a été ordonnée par le Président de la République lors de la Conférence des gouverneurs, un terrain a été acquis sur fonds propres de l’INPP, avec l’appui des autorités provinciales du Tanganyika. Les études de faisabilité sont finalisées, mais le budget global de construction attend toujours un financement, révélant les défis persistants de l’investissement dans l’infrastructure de formation.
Ces développements s’inscrivent dans le cadre plus large de la politique de l’emploi du Président Félix Tshisekedi, qui a fait de la création d’emplois l’un des six engagements phares de son second quinquennat. Lors de la 58e réunion du Conseil des ministres, le Chef de l’État avait rappelé avec force que l’égalité des chances dans l’accès à l’emploi et aux stages constitue à la fois une exigence sociale et un levier stratégique pour le développement de la RDC. Sa vision d’une République moderne, inclusive et prospère repose sur l’idée que chaque citoyen, quels que soient son origine, sa condition sociale ou son parcours, doit pouvoir accéder équitablement aux opportunités offertes par son pays.
Comment traduire cette vision en actions concrètes ? Le Président Tshisekedi a donné des instructions précises au ministre de l’Emploi et du Travail : rendre effective l’obligation de publication de toutes les offres d’emploi via l’Office National de l’Emploi (ONEM) pour assurer transparence et équité ; mettre en synergie l’ONEM et l’Inspection générale du travail pour un contrôle rigoureux ; et encourager les entreprises publiques et privées à accueillir davantage de stagiaires, en partenariat avec les établissements d’enseignement supérieur. Ces mesures devront être accompagnées d’un dispositif de suivi-évaluation régulier pour mesurer les progrès et ajuster les stratégies.
L’objectif annoncé est ambitieux : créer 6,4 millions d’emplois au cours des cinq prochaines années. Un tel chiffre nécessite non seulement de réguler le marché existant, mais aussi de stimuler la création d’emplois décents dans tous les secteurs de l’économie. La fermeté affichée contre les SPP irréguliers est un premier pas nécessaire pour assainir le climat des affaires et protéger les travailleurs. Cependant, elle doit s’accompagner d’une offre de formation professionnelle adaptée aux besoins du marché, matérialisée par les nouveaux centres de l’INPP.
La réussite de cette politique de l’emploi en RDC dépendra de la capacité du gouvernement à maintenir un équilibre délicat entre régulation stricte et stimulation de l’économie. Comme le soulignait le Président Tshisekedi, un pays qui ne crée pas de passerelles entre la formation et l’emploi se condamne à gaspiller son capital humain le plus précieux. Les annonces du Conseil des ministres montrent une prise de conscience des enjeux et une volonté d’action. Reste à voir si les mesures de Ferdinand Massamba au ministère du Travail produiront les effets escomptés sur le terrain de l’emploi en RDC, où des millions de Congolais attendent des perspectives concrètes d’insertion professionnelle.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
