Le Tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Gombe a entamé, ce vendredi 3 avril, la phase décisive des plaidoiries dans le dossier hautement sensible de Nathanaël Onokomba. Le jeune opposant, détenu depuis décembre dernier, comparaît pour une série d’accusations graves, dont l’apologie des actes de terrorisme et des crimes de guerre, portées par la justice militaire RDC. Cette audience, attendue, a été marquée par une offensive de la défense, concentrée sur des questions de fond et de forme remettant en cause la légitimité même de la procédure.
L’argumentaire des avocats du prévenu s’est articulé autour de deux piliers principaux. En premier lieu, ils ont contesté avec vigueur la compétence du tribunal militaire pour juger un civil, non armé, dont les seuls actes reprochés seraient l’expression d’opinions critiques sur la gestion de l’État. La défense a martelé que Nathanaël Onokomba, simple citoyen, n’a fait qu’user de sa liberté d’expression en commentant « la marche du pays ». Quel est donc le fondement juridique permettant à une juridiction d’exception de se saisir d’un tel cas ? Cette question centrale plane désormais sur l’ensemble du procès Nathanaël Onokomba.
Deuxième observation soulevée : la prétendue « caducité » des actes d’instruction émanant du Conseil National de Cyberdéfense (CNC). Les conseils de l’opposant arrêté Kinshasa ont accusé cette institution de détourner sa mission réglementaire de protection du cyberespace pour se transformer en « outil de répression » politique. Cette accusation grave, si elle était retenue, pourrait entraîner l’annulation de parties cruciales du dossier d’accusation.
Point d’orgue de la stratégie de la défense : une demande pressante de liberté provisoire. Les avocats ont plaidé que leur client, dont la fuite ne serait « pas à craindre », n’avait pas sa place au sein de la prison militaire de Ndolo. Ils ont insisté sur le fait que sa détention préventive était disproportionnée et qu’il devait retrouver les siens dans l’attente de la suite de la procédure. Le tribunal militaire a été sommé de se prononcer sur cette demande par un jugement avant-dire droit attendu pour le vendredi 10 avril prochain.
Face à ces arguments, l’accusation militaire maintient une ligne dure. Elle reproche au prévenu d’avoir, par ses déclarations publiques, nié et minimisé la réalité de la guerre ainsi que la nature des atrocités commises dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Les magistrats militaires estiment que ses propos, en contexte de conflit, équivalent à une apologie des crimes perpétrés par les groupes armés, constituant ainsi une atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation. La défense rétorque que criminaliser une analyse politique revient à étouffer tout débat démocratique.
Nathanaël Onokomba Shako, natif du district de la Tshangu, avait été interpellé en décembre à l’issue d’une conférence dans la commune de Ngaliema. Initialement détenu par le CNC, il a été transféré à la prison militaire de Ndolo en janvier, marquant le passage du dossier dans le giron de la justice militaire RDC. Son cas cristallise les tensions entre les autorités et certaines franges de l’opposition, soulevant des interrogations sur l’équilibre entre sécurité nationale et libertés individuelles.
La décision du tribunal militaire Gombe concernant la liberté provisoire sera donc le premier indicateur de la suite qui sera réservée à ce dossier complexe. Alors que les plaidoiries se poursuivent, l’attention reste braquée sur cette enceinte judiciaire d’exception, dont la légitimité à trancher ce litige est désormais au cœur du débat. La prochaine audience pourrait bien déterminer si ce procès reste confiné à des questions de forme ou s’il abordera enfin le fond des accusations qui pèsent sur le jeune opposant.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
