La ville d’Uvira, chef-lieu provisoire du Sud-Kivu, est au cœur d’une révélation macabre. Les autorités provinciales ont confirmé la découverte de fosses communes contenant au moins 210 corps. Cette annonce a été faite ce jeudi 2 avril 2026 par le gouverneur Jean-Jacques Purusi, lors d’un point de presse conjoint avec le ministre de la Communication, Patrick Muyaya. Une information qui vient confirmer les pires craintes sur les exactions commises dans l’est de la République Démocratique du Congo.
Cette découverte intervient seulement trois jours après le retour de l’administration dans la ville, suivie du retrait des combattants de la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda. Les forces adverses ont occupé Uvira pendant un peu plus d’un mois, laissant derrière elles un paysage de désolation et de mort. Comment une telle horreur a-t-elle pu se dérouler aux yeux du monde ?
Le gouverneur Purusi a fourni des détails glaçants. Dès le 20 février, soit deux jours après le retour des autorités, trois fosses communes ont été identifiées. Elles étaient situées dans les quartiers de Kavinvira, Kilomoni et Kimanga. À elles seules, ces trois fosses contenaient les 210 dépouilles. Un chiffre qui ne représenterait que la partie émergée de l’iceberg, selon les déclarations des autorités.
Les révélations faites par le gouverneur du Sud-Kivu trouvent un écho sinistre dans le rapport de l’organisation internationale Human Rights Watch. Des chercheurs de l’ONG se sont rendus sur place en mars 2026. Leurs investigations, rendues publiques le même 2 avril, documentent des abus systématiques commis par le M23 et des forces militaires rwandaises lors de la prise d’Uvira en décembre 2025.
Le récit est implacable. Les combattants, appuyés par des éléments rwandais, sont entrés dans la ville le 10 décembre. Ils ont ensuite procédé à des fouilles systématiques, accusant hommes et garçons d’appartenir aux milices pro-gouvernementales « Wazalendo ». Des dizaines de civils ont été exécutés sommairement ou enlevés. Beaucoup restent portés disparus à ce jour. Le rapport Human Rights Watch Uvira dresse un tableau accablant de crimes de guerre qui semblent répondre à une stratégie planifiée.
L’ampleur réelle du désastre pourrait être bien plus grande. Le gouverneur Purusi a indiqué que Human Rights Watch, avec d’autres acteurs, a identifié plus de 61 fosses communes dans la ville d’Uvira et ses environs. Dans trois communes spécifiques, pas moins de 31 fosses ont été recensées. La ville étant subdivisée en Uvira-Ville et Uvira-Territoire, les zones occupées pourraient révéler un carnage d’une ampleur encore insoupçonnée.
Face à ce tableau, le chef de l’exécutif provincial lance un cri d’alarme à la communauté internationale. Il l’exhorte à accorder à la situation en RDC la même attention qu’aux autres crises des Grands Lacs. Pour lui, les événements qui se déroulent dans l’Est congolais s’apparentent à un génocide. Une reconnaissance qui tarde à venir, malgré les appels répétés.
Cet appel fait écho à celui, solennel, lancé par le président Félix Tshisekedi depuis la tribune de l’ONU en septembre dernier. Le chef de l’État demandait alors la reconnaissance du « génocide des Congolais ». Une région riche en minerais, déchirée par trente ans de conflits, voit les violences s’intensifier depuis les offensives de 2025 du M23, soutenu par Kigali. Les M23 massacres dans le Sud-Kivu s’inscrivent dans une longue liste de tragédies.
En octobre 2025, l’Assemblée nationale congolaise avait franchi un pas en adoptant une recommandation reconnaissant le génocide économique contre les populations de l’Est (GENOCOST). Un acte historique qui soulignait les violations graves du droit international humanitaire. Aujourd’hui, la découverte des fosses communes à Uvira donne une dimension concrète et atroce à ces termes.
Que va-t-il rester de ces révélations ? La communauté internationale parviendra-t-elle à se mobiliser au-delà des déclarations de principe ? Les crimes de guerre RDC 2026, documentés par des preuves tangibles, plaident pour une action urgente. Le gouverneur Purusi craint que d’autres zones récemment occupées, comme Minembwe, Lemera ou Kamanyola, ne cachent des tragédies similaires. La menace d’un génocide au Congo Est plane plus que jamais.
L’heure est à l’enquête et à la justice. L’identification des victimes, l’établissement des responsabilités et la protection des populations survivantes sont des impératifs absolus. Les fosses communes d’Uvira sont un témoignage silencieux mais éloquent de la barbarie. Elles exigent une réponse à la hauteur de l’horreur qu’elles représentent. L’histoire jugera la réaction du monde face à ces crimes de masse.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
