Chaque matin, des milliers de Kinois entament un parcours du combattant sur un tronçon pourtant vital. L’avenue de l’Université, qui relie le Rond-point Ngaba à l’intendance générale de l’Université de Kinshasa (UNIKIN), n’est plus qu’une succession de cratères et de chantiers abandonnés. « Prendre un taxi ici, c’est risquer sa voiture et sa santé. On paie plus cher pour un trajet qui dure trois fois plus longtemps », témoigne Jean, un habitant de la Cité Maman Mobutu, épuisé par cette épreuve quotidienne. Cette situation, qui dure depuis plus d’une année, symbolise le calvaire du transport urbain à Kinshasa et soulève une question simple : jusqu’à quand ?
La route dégradée de Kinshasa sur ce secteur précis n’est pas un simple désagrément, c’est une entrave à la vie économique et académique de toute une zone. Les nids-de-poule, devenus de véritables trous béants, transforment chaque déplacement en une course d’obstacles. Les travaux, entamés par endroits, semblent avoir été suspendus, laissant derrière eux des tranchées dangereuses et des gravats qui compliquent davantage la circulation. « On a commencé à voir des engins, on a cru que c’était fini. Mais aujourd’hui, c’est pire qu’avant. Ils ont creusé et ils sont partis », déplore Marie, une vendeuse ambulante dont le chiffre d’affaires a chuté à cause de la désertion des clients.
Les conséquences de ces travaux routiers à l’Université de Kinshasa inachevés sont palpables à tous les niveaux. Le transport commun à Kinshasa est le premier impacté. Les chauffeurs de taxi et de bus, confrontés à une usure accélérée de leurs véhicules, ont drastiquement augmenté leurs tarifs. Un trajet qui coûtait 500 francs congolais peut maintenant en coûter 1500. Pire encore, certains refusent carrément d’emprunter le tronçon, isolant les quartiers périphériques et contraignant les habitants à de longues marches sous un soleil de plomb. Les embouteillons monstres aux heures de pointe, où les véhicules se fraient un chemin au millimètre entre les crevasses, rongent le temps et l’énergie des usagers, étudiants comme travailleurs.
Cette inertie dans la réhabilitation interroge sur la gestion des infrastructures publiques. L’avenue Université à Kinshasa est une artère stratégique. Elle dessert non seulement l’une des plus grandes universités du pays, mais aussi des quartiers densément peuplés. Sa dégradation persistante affecte directement l’accès à l’éducation, aux soins et au travail. « Comment voulez-vous que nos enfants arrivent à l’heure en cours, ou que les malades soient évacués rapidement ? », s’insurge un leader communautaire. La lenteur des interventions contraste cruellement avec l’urgence exprimée par la population chaque jour.
Face à cette situation, la colère gronde et se mue en un sentiment d’abandon. Les appels répétés des usagers et des associations de la société civile semblent se perdre dans le vide des promesses non tenues. Les nids-de-poule à Kinshasa sont souvent le symptôme d’un problème plus profond : le manque de planification et de suivi des projets d’intérêt public. Ici, le chantier a visiblement été lancé sans une logistique capable de l’achever dans des délais raisonnables, laissant les riverains avec les inconvénients du chantier sans en voir les bénéfices.
Au-delà de l’état de la chaussée, c’est la crédibilité de la parole publique qui est érodée, jour après jour, au gré des cahots. Les habitants, exaspérés, lancent un ultime cri du cœur aux autorités compétentes. Ils demandent une intervention rapide, coordonnée et efficace pour mettre fin à ce calvaire qui hypothèque leur quotidien et l’avenir de toute une jeunesse estudiantine. L’enjeu est de taille : il s’agit de rendre à cette artère sa fonction première, celle de relier, de faciliter la vie et de participer au développement de la capitale, au lieu d’en être un frein. L’état de l’avenue de l’Université est un test pour la capacité des responsables à répondre aux besoins essentiels des citoyens. Pour l’instant, le constat est sans appel : la route est bloquée, et la confiance aussi.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
