Dans la province de l’Ituri, le chiffre est glaçant : 230 femmes ont perdu la vie en donnant la vie au cours de l’année 2025. Cela représente, en moyenne, un décès maternel tous les deux jours dans les structures sanitaires de la région. Ce bilan alarmant, dévoilé par le Programme National de la Santé de la Reproduction, jette une lumière crue sur les défis persistants de la santé reproduction Congo. Lors d’une journée de sensibilisation organisée à Bunia fin mars, la Société Congolaise de Gynécologie et la Corporation des Sage-femmes ont sonné l’alarme, appelant à une mobilisation générale pour enrayer cette tragédie silencieuse.
Comment expliquer un tel niveau de mortalité maternelle RDC, particulièrement dans cette province ? Les spécialistes pointent un faisceau de causes interdépendantes. En première ligne, le manque d’accès aux soins de santé dans les zones reculées. La docteure Doudou Kove, responsable provinciale du programme, le souligne avec force : ces 230 décès ne sont que la partie émergée de l’iceberg. « Ces chiffres pourraient augmenter, si nous arrivions à recenser tous les décès maternels causés par le manque d’accès aux soins de santé dans les communautés plus reculées », a-t-elle déclaré. Imaginez un instant une femme en pleine complication d’accouchement risque, à des heures de route du premier centre de santé équipé… Le temps perdu devient alors trop souvent un temps fatal.
Au-delà de l’accès géographique, c’est aussi la qualité et la précocité du suivi médical qui sont en jeu. Le docteur Achille Dhezonga insiste sur l’impérieuse nécessité d’éduquer les jeunes filles et les femmes enceintes sur l’importance vitale des consultations prénatales. « Une femme ne devrait pas perdre la vie en donnant la vie », rappelle-t-il avec conviction. Ces consultations permettent de dépister à temps des complications comme l’hypertension gravidique ou les hémorragies, principales causes de décès maternels. Pourtant, de trop nombreuses femmes, par méconnaissance, par manque de moyens ou à cause de barrières culturelles, négligent ce suivi essentiel.
Un autre fléau majeur alimente ces statistiques dramatiques : les grossesses précoces. Le corps d’une adolescente n’est souvent pas prêt à supporter les exigences physiologiques d’une grossesse et d’un accouchement. Les risques de complications, comme la dystocie (accouchement difficile) ou la fistule obstétricale, sont considérablement accrus. La lutte contre la mortalité maternelle passe donc inévitablement par une éducation sexuelle complète et la promotion de la planification familiale, permettant aux jeunes femmes de choisir le moment où elles seront physiquement et psychologiquement prêtes à devenir mères.
Face à cette urgence, la réponse s’organise. La journée de Bunia a vu les acteurs du secteur de la santé – médecins, sages-femmes, responsables administratifs – s’engager solennellement à unir leurs efforts. L’objectif est clair : réduire sensiblement, et durablement, le nombre de décès lors des accouchements en Ituri. Cette synergie est cruciale. Il ne s’agit pas seulement de construire des centres de santé, mais aussi de former et de déployer davantage de personnel qualifié, de garantir la disponibilité permanente de produits sanguins et de médicaments essentiels, et de mettre en place des systèmes d’évacuation d’urgence efficaces.
La sensibilisation joue un rôle clé dans cette stratégie. Informer les communautés sur les signes de danger pendant la grossesse et l’accouchement, promouvoir l’accouchement assisté par un personnel qualifié plutôt qu’à domicile, et lutter contre les préjugés qui retardent la recherche de soins sont autant de batailles à gagner. Chaque femme enceinte doit savoir que des saignements anormaux, des maux de tête sévères ou des troubles de la vue ne sont pas à prendre à la légère, mais constituent des signaux d’alarme exigeant une consultation immédiate.
Alors, peut-on espérer un avenir meilleur pour les mères de l’Ituri et de toute la République Démocratique du Congo ? Les engagements pris à Bunia sont un premier pas essentiel. Cependant, transformer ces promesses en résultats tangibles nécessitera un soutien politique fort, un financement pérenne du système de santé et une implication continue de toute la société. La vie de centaines de femmes chaque année en dépend. Protéger les mères, c’est protéger le cœur même des familles et des communautés. La route est longue, mais chaque vie sauvée sera une victoire immense contre ce fléau évitable qu’est la mortalité maternelle.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
