Kolwezi, au cœur de la ceinture du cuivre-cobalt, devient le théâtre d’une initiative destinée à redéfinir les standards mondiaux de l’extraction artisanale. L’Entreprise Générale du Cobalt (EGC) et le géant du négoce Mercuria viennent de sceller un protocole d’accord historique pour structurer et développer le site emblématique de Kasulo. Cet accord, bien plus qu’un simple contrat commercial, vise à ériger un modèle de référence, un « gold standard » pour l’exploitation minière artisanale et à petite échelle (ASM), un secteur vital mais souvent critiqué pour ses conditions opaques.
Le partenariat minier RDC entre l’EGC, entité publique mandatée par l’État, et Mercuria, acteur privé de stature internationale, représente une tentative ambitieuse de concilier productivité, sécurité et éthique. L’objectif affiché est de transformer cobalt Kasulo en un produit phare, traçable et responsable, répondant aux exigences croissantes des fabricants de batteries et des investisseurs soucieux de durabilité. Comment un tel projet peut-il impacter l’économie congolaise, largement tributaire de ses ressources minérales ? La réponse réside dans la professionnalisation systémique qu’il promet d’instaurer.
Concrètement, le protocole prévoit un travail de fond avec l’ensemble des maillons de la chaîne : les creuseurs artisanaux, organisés en coopératives, la Gécamines, propriétaire du gisement, et les autorités aux niveaux provincial et national. Le dispositif couvrira un spectre large allant de la santé et sécurité sur les sites à la gestion environnementale, en passant par le respect des droits humains et l’équité commerciale. L’ambition est d’aligner les opérations sur des référentiels exigeants comme le guide de l’OCDE sur le devoir de diligence et les Principes directeurs des Nations unies. Cette démarche vise à sécuriser les flux d’approvisionnement tout en créant de la valeur localement.
Kostas Bintas, responsable Métaux et Minéraux chez Mercuria, souligne la dimension stratégique : « Ce partenariat reflète notre engagement à construire des chaînes d’approvisionnement pleinement transparentes et responsables pour les minerais critiques. […] Nous voulons faire de Kasulo une référence mondiale pour l’exploitation minière artisanale. » Pour Eric Kalala, Directeur Général de l’EGC, l’enjeu est aussi financier : « L’accès au financement, rendu possible grâce à l’engagement d’un acteur mondial de premier plan, permet de sécuriser la production, d’améliorer durablement les conditions de travail et de bâtir des chaînes créatrices de valeur pour les communautés congolaises. »
Sur le plan économique, cette collaboration pourrait agir comme un catalyseur. En injectant des standards élevés de traçabilité et de gouvernance, elle a le potentiel d’attirer des investissements supplémentaires dans la filière cobalt, de stabiliser les revenus des artisans et d’augmenter la part de valeur captée par la RDC. À l’heure où la transition énergétique mondiale avide de métaux critiques exige des garanties éthiques, un cobalt « propre » de Kasulo pourrait bénéficier d’une prime de marché significative. Cela représenterait une manne financière non négligeable pour les finances publiques et les communautés locales de la province du Lualaba.
Néanmoins, le défi est de taille. Structurer l’ASM, un secteur informel par essence, emploie des milliers de personnes dans des conditions souvent précaires. Le succès de cette initiative pionnière dépendra de sa capacité à impliquer véritablement les creuseurs, à assurer une formation adéquate et à mettre en place des mécanismes de contrôle indépendants. L’ancrage local et le renforcement des capacités des coopératives sont présentés comme des piliers du projet. S’il aboutit, ce modèle pourrait être répliqué sur d’autres sites à travers le pays, transformant profondément le paysage de l’exploitation minière artisanale en RDC.
À moyen terme, la formalisation de la chaîne d’approvisionnement du cobalt Kasulo sous l’égide de l’EGC et de Mercuria pourrait renforcer la position de la RDC dans la géopolitique des minerais stratégiques. En offrant une alternative crédible et responsable aux circuits opaques, le pays consoliderait son statut de fournisseur incontournable tout en répondant aux critères ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) des grands acheteurs. Ce partenariat minier RDC représente ainsi une étape cruciale vers la maturation d’un secteur qui demeure, pour le meilleur et pour le pire, un moteur essentiel de l’économie nationale.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
