Un silence inquiétant s’est abattu sur près de 900 000 hectares. En un peu plus de deux décennies, l’équivalent de plus de 1,2 million de terrains de football a été rayé de la carte verte du sud-est de la République démocratique du Congo. Les forêts de miombo, ces écosystèmes clés de l’Afrique australe, sont en train de disparaître à un rythme effréné, sacrifiées sur l’autel de l’extraction du cuivre et du cobalt. Une étude implacable publiée en mars par les ONG Afrewatch et Fern sonne l’alarme : entre 2000 et 2024, ce sont exactement 873 926 hectares de couvert forestier qui se sont évaporés dans l’arc cuprifère katangais. La transition énergétique mondiale, si verte sur le papier, se nourrit-elle de la destruction d’un poumon vital pour la région ?
Le rapport intitulé « Minerais stratégiques et forêts du miombo en République démocratique du Congo » dresse un constat sans appel, balayant l’argument d’un impact minier marginal. Les images satellitaires et les observations de terrain ne mentent pas : la progression des carrières à ciel ouvert, des voies de transport et des infrastructures minières est le moteur direct de cette hémorragie écologique. Dans les périmètres des grandes concessions, les surfaces artificialisées ont été multipliées par plus de sept. La forêt recule, la mine avance. Une équation simple et tragique qui transforme un patrimoine naturel en paysage lunaire.
Et le pire est peut-être à venir. La déforestation en RDC liée aux mines de cuivre et de cobalt a connu une accélération vertigineuse au cours de la dernière décennie. Le rythme de destruction a presque doublé, porté par une demande mondiale insatiable pour ces minerais dits « critiques », essentiels aux batteries de véhicules électriques et à nos appareils numériques. La RDC, qui détient parmi les plus grandes réserves planétaires, paie le prix fort de cette course effrénée. La superficie forestière perdue représente déjà environ 18% de l’ensemble de l’arc cuprifère congolais. Où s’arrêtera cette saignée ?
Les forêts de miombo ne sont pas de simples étendues d’arbres. Ce sont des écosystèmes complexes, cruciaux pour la régulation du climat régional. Elles stockent d’immenses quantités de carbone, hébergent une biodiversité unique et fournissent des services vitaux aux populations locales : bois de chauffe, médicaments, nourriture, et protection des sols. Leur disparition est une triple peine : écologique, climatique et sociale. Les communautés riveraines voient leur cadre de vie se dégrader et leurs moyens de subsistance traditionnels s’évanouir, sans toujours bénéficier des retombées promises par l’industrie extractive.
L’ombre du corridor de Lobito plane désormais sur cette région en détresse. Ce projet majeur de corridor ferroviaire, visant à relier l’Angola, la RDC et la Zambie pour exporter les minerais plus rapidement, pourrait agir comme un puissant accélérateur de la déforestation. En facilitant l’évacuation de volumes toujours plus grands de cuivre et de cobalt, il risque d’intensifier la pression sur les forêts restantes. Le « test de crédibilité de la transition » évoqué dans l’étude d’Afrewatch et Fern est là : peut-on construire un avenir sobre en carbone en détruisant les puits de carbone naturels de la planète ? La contradiction est criante.
Face à cette urgence, la société civile congolaise et internationale monte au créneau. Les appels se multiplient pour une réforme en profondeur de la gouvernance du secteur minier. Il s’agit d’imposer des conditions d’investissement qui intègrent le coût environnemental réel, de renforcer les études d’impact, de faire respecter la loi et de garantir une répartition équitable des bénéfices. La protection des forêts doit cesser d’être la variable d’ajustement de l’économie minière. La communauté internationale, avide de ces minerais, a aussi sa part de responsabilité : elle ne peut exiger une transition verte au Nord financée par une catastrophe écologique au Sud.
Les chiffres sont têtus. 873 926 hectares en 24 ans. Un rythme qui s’emballe. Une biodiversité qui s’éteint. Le rapport Afrewatch-Fern est un électrochoc qui doit pousser à l’action. La préservation des forêts de miombo n’est pas un obstacle au développement, mais la condition sine qua non d’un développement véritablement durable pour la RDC. Il est encore temps d’inverser la tendance, de choisir une voie où l’exploitation des richesses du sous-sol ne signe pas l’arrêt de mort des richesses de la surface. L’avenir climatique de la région, et le bien-être de ses habitants, en dépendent.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
