Le marché Kamayi de Kananga étouffe sous le poids de ses propres déchets. Un spectacle désolant de tas d’immondices qui s’amoncellent, transformant l’avenue principale reliant le marché à la station de la RTNC en un véritable couloir d’insalubrité. Cette situation, constatée le lundi 23 mars, n’est pas seulement une nuisance visuelle ; elle constitue une bombe à retardement sanitaire pour toute la population du Kasaï-Central. Comment une artère aussi fréquentée a-t-elle pu sombrer dans un tel état de négligence ?
Les images parlent d’elles-mêmes : des monticules d’ordures ménagères, de résidus de produits alimentaires et d’emballages plastiques jonchent le sol, empiétant sur la voie de circulation. Pour les habitants et les commerçants, le simple fait de se rendre au marché Kamayi relève désormais du parcours du combattant. La circulation des véhicules comme des piétons est sérieusement entravée, créant des embouteillages et des risques d’accidents permanents. Mais au-delà de la gêne quotidienne, c’est la santé publique qui est mise en péril.
Les sources locales pointent du doigt une gestion anarchique des déchets par certains vendeurs et par des dépôts de vivres érigés sans autorisation. Ces acteurs évacueraient leurs détritus en pleine rue, faute de système de collecte efficace ou par pure négligence. « Devant le marché Kamayi, il y a tellement d’immondices. Avec les pluies récentes, il y a aussi de la boue. Il est difficile de passer, même à pied », témoigne Kabasele Gabriel, un riverain exaspéré. Lorsque la pluie s’en mêle, le tableau s’assombrit encore : les eaux ruisselantes se chargent de détritus et de boue, transformant les abords du marché en un cloaque nauséabond et glissant, amplifiant les risques de chutes et de propagation de maladies.
Cette insalubrité à Kananga n’est pas un problème esthétique, c’est une crise environnementale et sanitaire majeure. Les déchets en décomposition sont des nids à bactéries et attirent des vecteurs de maladies comme les mouches, les moustiques et les rongeurs. Les risques de contamination des denrées alimentaires vendues à proximité sont réels, tout comme la propagation de maladies diarrhéiques, respiratoires ou cutanées. Les problèmes environnementaux au Kasaï-Central, symbolisés par cette accumulation d’ordures à Kananga, menacent directement le bien-être des communautés et hypothèquent l’avenir de la région.
Face à ce constat alarmant, la réponse des gestionnaires du marché apporte une autre lecture. Le préposé adjoint du marché Kamayi rejette les accusations portées contre les vendeurs. Il affirme que les déchets générés à l’intérieur du marché sont collectés et déversés dans un ravin prévu à cet effet, en suivant une procédure établie. Selon lui, ce sont les habitants des quartiers avoisinants qui utiliseraient illégalement les abords du marché comme dépotoir sauvage, déplaçant ainsi le problème. Pour tenter de résoudre l’impasse, une correspondance officielle aurait été adressée aux autorités urbaines pour solliciter l’envoi d’un tracteur afin de procéder à un nettoyage en profondeur de la zone.
Cette divergence de versions illustre le cœur du problème : une défaillance criante dans la chaîne de responsabilité et de gestion des déchets. Que les ordures proviennent du marché ou des habitations, le résultat est le même : un espace public dégradé et une population exposée. L’absence d’une solution pérenne et coordonnée laisse le champ libre à des pratiques polluantes qui alimentent un cycle infernal d’insalubrité.
La situation au marché Kamayi doit servir de signal d’alarme. Elle révèle l’urgence de mettre en place une politique municipale robuste de collecte et de traitement des ordures à Kananga. Au-delà du nettoyage ponctuel, c’est toute une culture de la propreté et de la responsabilité citoyenne qu’il faut promouvoir. Les autorités locales, les gestionnaires de marché et la population doivent impérativement conjuguer leurs efforts pour désamorcer cette crise. La santé publique au marché Kamayi et la dignité des habitants du Kasaï-Central ne peuvent plus attendre. Il est temps que la ville de Kananga retrouve son visage et que ses artères cessent d’être les artères d’une insalubrité mortifère.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
