« J’ai trop mal au ventre. Amenez-moi d’abord à l’hôpital », supplie un client, le visage crispé par la douleur, dans le bureau d’un supermarché de la Gombe. Cette scène, survenue samedi 21 mars au GG Mart de Kin Mazière, est le point de départ d’un scandale qui jette une lumière crue sur les pratiques commerciales et la sécurité alimentaire à Kinshasa. Un simple achat de jus de fruit se transforme en cauchemar sanitaire, puis en révélation d’un système tentant d’étouffer la vérité par la corruption.
Le client, qui souhaite garder l’anonymat par crainte de représailles, raconte son calvaire avec une précision qui glace le sang. Attiré par une étiquette attrayante, il achète et consomme rapidement une bouteille de jus. « Le goût était immédiatement amer, anormal », témoigne-t-il. Méfiant, il vérifie la date de péremption : le produit a dépassé depuis longtemps la date limite de consommation. Peu après, les premiers symptômes frappent : violents maux de ventre et démangeaisons inquiétantes. Pris de panique, il retourne au magasin pour signaler ce qu’il croit être une simple erreur.
C’est là que le scandale du produit périmé GG Mart prend une dimension insoupçonnée. Au lieu de s’inquiéter de l’état de santé du client, la direction, selon son récit, l’emmène dans un bureau à l’écart. On lui propose alors 50 dollars pour « ne pas faire de bruit ». Choqué et souffrant, il refuse. La pression monte d’un cran lorsqu’on lui propose ensuite 250 dollars, une somme conséquente, pour acheter son silence et quitter les lieux. « Je suis malade, amenez-moi à l’hôpital », répète-t-il, priorisant sa santé à l’argent.
Face à son refus catégorique, l’argumentation bascule vers le chantage émotionnel. « Ce sont tes frères congolais qui ont mis ces produits dans les rayons du supermarché. Si tu les dénonces, ils perdront leur travail », lui aurait-on affirmé. Cette tentative de culpabilisation laisse le client, en proie à des douleurs abdominales croissantes, attendre sans assistance médicale pendant près de deux heures. Comment un établissement de la place, fréquenté par une clientèle aisée, peut-il en arriver à privilégier son image au détriment de la santé d’une personne ? Cette affaire de corruption supermarché Kinshasa soulève des questions fondamentales sur la responsabilité des entreprises.
Le silence qui entoure désormais l’affaire est tout aussi éloquent que les faits eux-mêmes. Contacté par nos soins, Me Guy Motelo, l’avocat conseil de l’enseigne GG Mart, a refusé de commenter ces graves accusations. Ce mutisme interroge : que cache-t-il ? Une gestion défaillante des stocks ? Une volonté délibérée de vendre des produits périmés pour minimiser les pertes ? L’absence de réaction officielle nourrit la défiance et laisse planer un doute inquiétant sur les pratiques de l’ensemble de la distribution moderne en RDC.
Au-delà du cas individuel, cet incident met en lumière un scandale alimentaire Gombe aux implications bien plus larges. La commercialisation de denrées périmées dans des enseignes réputées fiables représente un danger majeur pour la santé publique. Les intoxications alimentaires RDC peuvent, dans les cas les plus graves, conduire à des hospitalisations, voire avoir des conséquences dramatiques pour les personnes vulnérables, enfants, femmes enceintes ou personnes âgées. Ce client a eu la présence d’esprit de relier sa consommation à ses symptômes, mais combien d’autres souffrent en silence sans faire le lien ?
Cet événement sonne comme un signal d’alarme pour les autorités de régulation et les associations de défense des consommateurs. Où sont les contrôles sanitaires réguliers ? Les systèmes de traçabilité sont-ils efficaces ? La sécurité des consommateurs Congo ne doit pas être un vain mot. Face à des pratiques qui semblent mettre le profit avant la vie humaine, un renforcement drastique de la surveillance et des sanctions s’impose. Les consommateurs, quant à eux, sont en première ligne. Cet incident rappelle l’impérieuse nécessité de vérifier systématiquement les dates de péremption, un réflexe qui peut éviter bien des drames.
Finalement, l’affaire du GG Mart pose une question sociétale cruciale : jusqu’où sommes-nous prêts à laisser le monde des affaires compromettre notre santé ? Le chantage à l’emploi utilisé pour étouffer l’affaire est symptomatique d’un système où la précarité économique peut être instrumentalisée pour faire taire les victimes. La défense du droit à une alimentation saine et à une protection contre les abus commerciaux est un combat collectif. Chaque silence acheté, chaque fait étouffé, nous éloigne un peu plus d’une société où la dignité et la santé ne sont pas des marchandises négociables. Kinshasa mérite mieux. Les Congolais méritent mieux.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
