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RDC : Une commission d’enquête réclamée sur la gestion opaque des minervals universitaires

Dans un contexte où les familles congolaises peinent à assumer le coût des études supérieires, la gestion opaque des frais académiques dans les universités publiques suscite une vive indignation. Le député national André Mushongo vient de lancer un pavé dans la mare en réclamant la création d’une commission d’enquête parlementaire. Son objectif ? Faire enfin la lumière sur l’utilisation des millions de francs congolais payés par les étudiants sous forme de minerval et autres frais connexes.

« Après vérification, nous avons constaté le non-versement des quotités du minerval par les chefs d’établissements publics de l’ESURSI, ainsi que la non-affectation orthodoxe des fonds destinés à l’amélioration des conditions d’apprentissage des étudiants », dénonce l’élu de Tshikapa, également professeur d’université. Cette initiative parlementaire, qui vise à auditer les trois dernières années académiques (2022-2025), répond à de nombreuses alertes. « Nous avons reçu plusieurs plaintes émanant des structures et services étatiques […] relatives à la gestion des quotités du minerval et des frais connexes », précise-t-il.

Mais que recouvrent exactement ces frais académiques si controversés ? L’enquête envisagée aura un champ d’investigation large. Elle examinera non seulement la gestion des parts destinées à des structures comme le FPEF ou la DGRAD, mais aussi une myriade de postes de dépenses : la carte nationale de l’étudiant, l’effort de construction, la solution numérique ESURSI, la connectivité à la bibliothèque numérique nationale, ou encore les budgets alloués aux laboratoires. Cette commission d’enquête sur les universités au Congo se penchera donc sur un système complexe où la traçabilité des fonds semble s’être perdue.

Au-delà des chiffres et des procédures, le cœur du problème reste la situation des étudiants. André Mushongo pointe du doigt des conséquences directes et dramatiques de cette gestion du minerval défaillante. « Les étudiants ont payé les frais de diplôme, mais ils terminent l’université et on leur donne un papier. Ils attendent éternellement le diplôme qui n’arrive pas », regrette-t-il amèrement. Comment justifier qu’après des années d’efforts et de sacrifices financiers, un jeune se retrouve sans le sésame indispensable pour son avenir professionnel ?

L’élu soulève également des questions qui touchent à la logique même de certains frais. « Dans certaines universités, l’État congolais a construit les bâtiments. Pourquoi continue-t-on à faire payer l’effort de construction ? », interroge-t-il, citant en exemple l’Université officielle de Mbuji-Mayi ou celle de Kananga. De même, avec l’installation du wifi gratuit par l’État dans les enceintes universitaires, la persistance de frais d’internet pour les étudiants paraît pour le moins paradoxale. Ces interrogations nourrissent un sentiment d’injustice et d’opacité qui mine la confiance dans l’enseignement supérieur public.

La démarche du député André Mushongo n’est pas qu’un coup d’éclat politique. Elle a franchi une première étape institutionnelle avec un avis favorable du bureau d’études de l’Assemblée nationale. « J’attends maintenant que le Bureau la soumette à discussion », indique-t-il. Conformément à l’article 212 du règlement intérieur, cette étape est cruciale pour enclencher un véritable contrôle parlementaire. Il s’agit, selon les mots du député, de « réinstaurer le respect des textes » et de « garantir la bonne gouvernance administrative, académique et financière ».

Cette enquête sur l’éducation pourrait-elle enfin amorcer un changement ? Elle relance en tout cas un débat fondamental sur la transparence des universités publiques en RDC. Les étudiants, premiers contributeurs au financement de leurs institutions via les frais académiques, sont en droit d’exiger que chaque franc soit utilisé pour améliorer leurs conditions d’étude, moderniser les infrastructures et garantir la qualité de leur formation. La future commission d’enquête portera une lourde responsabilité : celle de redonner un sens à la contribution estudiantine et de restaurer un pacte de confiance brisé entre les gestionnaires des universités et la communauté académique toute entière. L’enjeu est autant éducatif qu’éthique, et son issue sera scrutée par des milliers de familles congolaises.

Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd

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Yvan Ilunga
Yvan Ilunga
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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