Dans un contexte social tendu, les autorités provinciales de Kinshasa ont officiellement lancé, ce jeudi 19 mars, le processus d’identification et de numérotation des motos. Cette initiative, présentée comme une pièce maîtresse de la réforme du transport dans la capitale, intervient à un moment où la colère des acteurs du secteur est encore palpable. À peine quelques jours après une grève paralysante des chauffeurs de taxis et taxi-bus, les pouvoirs publics jouent-ils la carte de l’apaisement ou celle de la fermeté régulatrice ? La réponse semble pencher vers une volonté affichée de reprendre le contrôle d’un espace public souvent décrit comme anarchique.
Le ministre provincial des Transports, Jesus Noel Sheke, et son homologue de l’Intérieur, Jeannot Cannon, ont conjointement présenté cette mesure aux représentants des associations de motocyclistes, communément appelés « Wewa ». L’objectif affiché est triple : mieux organiser la circulation, renforcer la sécurité routière au Congo et mettre un terme aux pratiques jugées désordonnées. Dans son intervention, le ministre Sheke a particulièrement insisté sur la nécessité d’une collaboration étroite avec les agents chargés de la perception des taxes, un point qui ne manquera pas d’attiser les débats sur les véritables motivations financières de l’opération.
Cette volonté de réforme transport à Kinshasa est pourtant mise à l’épreuve par un terreau social fragilisé. La ville vient en effet de subir trois jours de paralysie, les 16, 17 et 18 mars, en raison d’un mouvement de grève dénonçant les tracasseries routières et les multiples taxes. Lancer une opération d’envergure comme l’identification motos à Kinshasa dans une telle période traduit-il une forme d’inconscience politique ou, au contraire, une stratégie calculée pour surfer sur un besoin urgent d’ordre public ? Les autorités provinciales semblent miser sur le second scénario, arguant que cette structuration est indispensable pour le bien commun.
Concrètement, le processus de numérotation motos en RDC vise à créer un registre centralisé, permettant d’identifier chaque engin et son propriétaire. Cette traçabilité est présentée comme un outil majeur de lutte contre l’insécurité et la délinquance. Le ministre Jeannot Cannon a rappelé la nécessité d’une coordination implacable entre les communes, les services techniques et les associations pour garantir le succès de l’opération. Les responsables d’associations ont été sommé de sensibiliser leurs troupes pour obtenir une large adhésion, un pari dont le résultat est loin d’être acquis.
Derrière les discours officiels sur la sécurité routière se cachent des enjeux de pouvoir et de contrôle économique. La demande de collaboration avec les percepteurs de taxes soulève la question récurrente de la fiscalité dans le secteur informel des transports. Cette réforme, si elle échoue à convaincre de son utilité pratique et se transforme en simple outil de prélèvement, risque d’amplifier les tensions sociales au lieu de les apaiser. Les autorités provinciales de Kinshasa jouent donc gros : l’échec de cette identification pourrait durablement fragiliser leur crédibilité et alimenter un nouveau cycle de contestation.
À l’heure où la capitale congolaise cherche un difficile équilibre entre modernisation et acceptabilité sociale, la réussite de cette numérotation motos en RDC dépendra de la transparence de sa mise en œuvre et de sa capacité à apporter des améliorations tangibles dans le quotidien des usagers. La balle est désormais dans le camp des exécutifs communaux et des associations. Le prochain acte de ce dossier politique sensible se jouera sur le terrain, au contact direct des milliers de motocyclistes qui sillonnent chaque jour la mégapole. Leur adhésion, ou leur rejet, écrira le véritable bilan de cette ambitieuse – et périlleuse – initiative des autorités provinciales.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
