L’économie du Maniema, province longtemps considérée comme le grenier agricole de la République Démocratique du Congo, pourrait connaître un tournant décisif grâce à une initiative ciblée sur le café robusta. Le gouvernement central, via le ministère provincial et l’inspection de l’agriculture, a injecté 125 kilogrammes de semences de qualité dans le circuit de l’Université de Kindu (UNIKI). Cette dotation stratégique, accompagnée de 55 kg de sachets polyéthylène, vise à générer, sur le site pilote de l’université, une première cohorte de 12 000 plantules café. Ces jeunes plants sont destinés à une distribution gratuite aux agriculteurs locaux volontaires, marquant ainsi la phase opérationnelle d’un projet de relance de l’agriculture pérenne.
Cette opération ne se limite pas à un simple transfert de ressources. Elle s’inscrit dans une stratégie économique plus large, conçue pour recréer un écosystème productif autour d’une culture à haute valeur ajoutée. Le café robusta, réputé pour sa résistance et son adaptabilité au climat tropical, représente un levier puissant pour la relance économique de toute la province du Maniema. En ressuscitant cette filière, les autorités entendent lutter contre la paupérisation rurale et la dépendance aux importations, tout en générant des devises à l’exportation. L’ingénieur John Matondo Muyambo, chef du site pilote de l’UNIKI, souligne l’objectif central : « booster l’économie de la province ». Selon lui, cette distribution massive de plantules vise à équiper les populations pour qu’elles deviennent actrices de leur propre développement, transformant une aide ponctuelle en capital productif durable.
Mais pourquoi miser sur l’agriculture pérenne, et particulièrement sur le café, dans une région au potentiel agronomique aussi diversifié ? La réponse réside dans l’analyse des cycles économiques. Contrairement aux cultures vivrières annuelles, souvent soumises aux aléas climatiques et aux fluctuations des marchés locaux, le caféier offre une source de revenus stable sur plusieurs décennies. Il structure le territoire, fixe les populations et permet une planification à long terme. Ramazani Radjabo, inspecteur provincial de l’agriculture et de la sécurité alimentaire, livre un constat sans appel sur le déclin de la province : « Le Maniema, qui était jadis considéré comme le grenier de la République, ne produit presque rien ». Pour lui, le retour aux cultures pérennes comme le café, le cacao ou le palmier à huile, est la seule voie pour sortir de la précarité et « avancer sous d’autres cieux », à l’image de régions voisines qui ont bâti leur prospérité sur ces filières.
Le choix de l’Université de Kindu comme maître d’œuvre technique n’est pas anodin. Il traduit une volonté d’ancrer l’innovation et la recherche au cœur du processus de développement. La Faculté d’Agronomie et d’Environnement de l’UNIKI devient ainsi un laboratoire à ciel ouvert, garantissant la qualité génétique des plantules et la diffusion des bonnes pratiques agricoles. Ce rôle de pont entre la science et le monde paysan est crucial pour éviter les échecs du passé. Casmir Ngumbi Kitete, recteur intérimaire de l’UNIKI, reconnaît cette marque de confiance et s’engage à « produire des résultats », affirmant que l’université ne peut « décevoir les autorités ». Cette collaboration tripartite – État, université, agriculteurs – pourrait servir de modèle pour d’autres provinces.
Quelles sont les perspectives concrètes de cette initiative ? À court terme, la production et la distribution des 12 000 premiers plants vont créer une dynamique locale et démontrer la faisabilité du modèle. À moyen terme, si le taux de survie et d’adoption par les paysans est élevé, on peut envisager une multiplication exponentielle des parcelles. Le défi principal résidera dans l’accompagnement post-plantation : accès aux intrants, formation à l’entretien des caféiers, organisation de la collecte et mise en place de circuits de commercialisation équitables. Le succès de cette politique de relance économique par le café robusta dépendra de la capacité des institutions à maintenir un appui technique et logistique sur la durée. Cette graine plantée à Kindu porte en elle l’espoir de reverdir non seulement les paysages du Maniema, mais aussi son bilan économique. Saura-t-elle germer une prospérité partagée ? La réponse se cultivera dans les années à venir, au rythme de la croissance des premiers caféiers.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
