La ville de Gbadolite, dans la province du Nord-Ubangi, a récemment été le théâtre d’une marche pacifique exprimant le mécontentement populaire face à l’inaction du gouvernement central. Un élu local, le député national Donge Yemo Mobutu, a pris fait et cause pour les manifestants, jetant une lumière crue sur les dysfonctionnements de la chaîne décisionnelle à Kinshasa. Cette prise de position intervient dans un contexte où les attentes des citoyens, après les promesses électorales, se heurtent à une réalité administrative souvent décevante. Le député Donge Yemo Mobutu, joint par une radio nationale, n’a pas mâché ses mots pour dénoncer l’immobilisme de l’exécutif.
Selon lui, les doléances de la population sont fondées et méritent une attention urgente. Il a pointé du doigt l’ignorance systématique des rapports de vacances parlementaires, pourtant censés refléter les besoins réels des circonscriptions. « On se rend compte que le Gouvernement central ne tient vraiment pas compte des rapports parlementaires que nous ramenons chaque fois à notre bureau et qui doit constituer le socle de notre budget », a-t-il déclaré, dans une critique ouverte de la planification budgétaire. Cette marche pacifique à Gbadolite n’est pas un simple mouvement de protestation ; elle symbolise un ras-le-bol grandissant face au manque d’infrastructures dans le Nord-Ubangi.
Les revendications, portées par la société civile, incluent la construction de routes, la réhabilitation de l’aéroport de Moanda à Gbadolite, et la concrétisation des promesses de construction d’universités faites par le chef de l’État. Autant de projets qui traînent depuis des années, alimentant la frustration d’une population qui se sent abandonnée par les autorités nationales. Le député Mobutu joue ici un rôle de lanceur d’alerte, mettant en lumière le fossé entre les discours politiques et les réalisations sur le terrain. Son plaidoyer pour la prise en compte du mémorandum de la société civile du Nord-Ubangi est un appel à la responsabilisation de l’exécutif.
Mais au-delà des mots, c’est toute la mécanique de la représentation démocratique qui est en question : à quoi servent les élus si leurs rapports restent sans suite ? La question, rhétorique, en dit long sur les tensions entre le législatif et l’exécutif en République Démocratique du Congo. L’inaction du gouvernement RDC dans cette région n’est pas sans conséquences politiques. Elle risque de miner la crédibilité des institutions et d’alimenter un sentiment de défiance chez les électeurs. Le député a ainsi encouragé le Président de la République, garant de la bonne marche des institutions, à s’impliquer personnellement dans la recherche de solutions. Un appel direct qui sous-entend que la balle est dans le camp du pouvoir, et que les attentes sont désormais sous le feu des projecteurs.
Dans cette affaire, le premier ministre est également interpellé. Donge Yemo Mobutu demande à la cheffe du gouvernement de prêter une oreille attentive aux demandes de la population. Une demande qui, si elle reste sans réponse, pourrait être interprétée comme un mépris des bases, avec des répercussions sur la stabilité sociale et politique de la région. Le Nord-Ubangi, comme d’autres provinces, attend des actes concrets, et le temps des promesses non tenues semble révolu. Au final, cette marche pacifique et le soutien du député Mobutu posent une question fondamentale : le gouvernement est-il capable de répondre aux besoins urgents des populations périphériques, ou continuera-t-il à fonctionner en silo, ignorant les signaux d’alarme venant du terrain ?
Les infrastructures du Nord-Ubangi sont un test pour l’efficacité de l’action publique. Si Kinshasa ne réagit pas, c’est toute sa légitimité qui pourrait être remise en cause, à l’approche des prochains scrutins. Gbadolite, symbole d’attentes déçues, pourrait bien devenir le baromètre de la capacité de l’État à tenir ses engagements. La population, par sa marche pacifique, a montré qu’elle ne se contentera plus de paroles. Reste à savoir si les dirigeants sauront transformer l’essai ou s’enfermer dans une inaction qui, à terme, pourrait leur coûter cher sur le plan politique. Le député Donge Yemo Mobutu a, quant à lui, clairement choisi son camp : celui d’un plaidoyer vigoureux pour le développement de sa région, quitte à froisser certains à Kinshasa.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
