Une livraison discrète, mais qui pourrait bien changer le quotidien de milliers d’automobilistes congolais. Ce lundi 17 mars 2026, les entrepôts de la Direction Générale des Impôts (DGI) ont accueilli un chargement particulier : le premier lot officiel des nouvelles plaques d’immatriculation RDC. Fournies par le partenaire technique, la société belge Castillo Valere RDC, ces plaques ne sont pas qu’un simple morceau de métal. Elles incarnent une petite révolution dans l’identification des véhicules en République Démocratique du Congo, promettant traçabilité, sécurité et une identité nationale clarifiée.
« C’est du solide, on sent que ce n’est pas du bricolage », confie un agent de la DGI sous couvert d’anonymat, après avoir manipulé les nouveaux modèles. La différence est palpable au toucher. Finie la tôle ordinaire, place au plexiglas renforcé, un matériau plus résistant aux intempéries et aux tentatives de falsification. Mais l’innovation la plus marquante se cache dans un petit carré noir et blanc : un code QR plaques. Ce dernier, unique pour chaque véhicule, contiendra une fiche d’identité numérique. Un simple scan avec un smartphone permettra-t-il un jour aux forces de l’ordre ou aux assureurs d’accéder instantanément aux données du propriétaire et de l’automobile ? C’est en tout cas la promesse d’une gestion modernisée et transparente du parc automobile.
Le changement le plus visible, celui que tout le monde pourra constater d’un simple coup d’œil, est le changement CG COD. La mention « CG », héritée de l’époque coloniale et source de confusion permanente avec le Congo-Brazzaville, est définitivement reléguée aux oubliettes. Sur les nouveaux modèles, c’est l’acronyme « COD » (selon le code pays ISO) qui s’affiche fièrement, suivi des lettres et chiffres d’identification. Une petite révolution sémantique qui, espère-t-on à Kinshasa, affirmera clairement l’identité de la République Démocratique du Congo sur ses propres routes et au-delà de ses frontières. Combien de temps faudra-t-il pour que l’œil s’habitue à cette nouvelle donne ?
Cette livraison initiale marque la concrétisation d’un contrat signé en juillet 2025 entre l’État congolais et Castillo Valere. Le marché, d’une valeur de 7,4 millions de dollars pour une première commande de 100 000 paires de plaques, vise d’abord à équiper les véhicules neufs. L’objectif affiché est une généralisation à l’ensemble du parc d’ici 2027. La route sera longue, au regard des millions de véhicules en circulation. Surtout, cette modernisation intervient dans un contexte où des villes comme Bunia comptaient encore récemment une centaine de véhicules bloqués faute de plaques d’immatriculation RDC disponibles. La nouvelle chaîne d’approvisionnement et de production pourra-t-elle répondre à une demande potentiellement massive lors du renouvellement général ?
Accompagnant ces DGI nouvelles plaques, la fameuse « carte rose » (certificat d’immatriculation) sera elle aussi modernisée. Autre nouveauté destinée à séduire une certaine catégorie d’automobilistes : une option de personnalisation. Sans doute faudra-t-il encadrer strictement cette possibilité pour éviter les excès ou les inscriptions contraires à l’ordre public. Mais cette initiative montre une volonté de s’adapter aux demandes des usagers, tout en maintenant un cadre sécurisé.
La balle est maintenant dans le camp de l’administration. Un nouveau décret, signé par la Première ministre, encadre la mise en circulation de ces plaques. La distribution par les services de la DGI est annoncée comme « prochaine ». Les procédures seront-elles simplifiées pour éviter les files d’attente interminables et la corruption qui ronge souvent ce type de service public ? Le succès de cette réforme ne se mesurera pas seulement à la qualité du plexiglas ou à la fiabilité du code QR, mais bien à l’expérience vécue par le citoyen lambda qui devra changer sa plaque. S’agit-il d’une simple opération cosmétique ou d’un vrai levier pour assainir la gestion du parc automobile, améliorer la sécurité routière et les recettes fiscales ?
Pour l’heure, les premiers exemplaires reposent dans les cartons de la DGI. Ils symbolisent une étape dans la longue marche vers la modernisation de l’État en RDC. Leur apparition sur les routes constituera le premier test, visible de tous. Gageons que les automobilistes congolais sauront apprécier cette évolution, à condition que le passage des vieilles « CG » aux nouveaux « COD » se fasse dans la fluidité et l’équité. L’enjeu est de taille : redonner une identité claire à chaque véhicule, et à travers eux, à toute une nation en mouvement.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
