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Mambasa sous le choc : 19 morts dans une attaque ADF au cœur de la Réserve des Okapis

Une nouvelle vague de terreur a frappé le territoire de Mambasa. Dans la nuit du lundi 17 mars, le poste de patrouille de Babesua, situé dans la Réserve de Faune à Okapi (RFO), a été la cible d’une attaque sanglante perpétrée par des combattants des Forces démocratiques alliées (ADF). L’assaut, survenu entre 19h et 21h, a laissé derrière lui un lourd bilan : 19 morts, un camion et plusieurs habitations réduits en cendres. Cet événement marque une inquiétante escalade de l’insécurité sur un axe jusqu’alors préservé.

Cette offensive survient à peine quelques jours après un raid similaire contre le site minier de Muchacha, exploité par la société Kimia Mining. La succession rapide de ces attaques soulève une question cruciale : l’axe Mambasa-Kisangani, et plus particulièrement la précieuse Réserve Faune Okapi, sont-ils désormais durablement sous la menace des groupes islamistes ? La présence de ces combattants au cœur d’une zone protégée abritant l’okapi, animal endémique et emblématique de la RDC, constitue un défi sécuritaire et environnemental sans précédent.

D’où viennent ces assaillants ? Les investigations pointent vers la région de Manguredjipa, dans le secteur des Bapere au Nord-Kivu. Selon des chefs coutumiers locaux, les ADF se sont installés dans les groupements Batike et Bapaitumba depuis juin 2024, après avoir fui la région de Beni. Leur déplacement fait suite au redéploiement, début mars, d’une coalition des armées congolaise et ougandaise soutenue par les groupes d’autodéfense wazalendo. Alors que ces forces se sont dirigées vers les sites miniers de Botambisi, Mapendano et Mabuo pour traquer les islamistes, une fraction des ADF a visiblement choisi de se déplacer vers l’ouest, en direction de Mambasa et de la RFO.

Mais quel est l’objectif réel de ce déplacement des combattants islamistes ? Deux hypothèses sont avancées par les notables et observateurs de la zone. La première suggère une simple recherche de refuge dans les forêts denses et difficilement accessibles des Bapere. La seconde, plus alarmante, évoque une manœuvre stratégique de grande envergure. Les ADF attaquant dans la réserve pourraient chercher à rejoindre la zone de Walesse-Karo, située entre les axes Mambasa-Isiro et Mambasa-Komanda. Cette région serait le lieu de retranchement de Musa Baluku, le chef suprême des ADF, dont le camp a récemment été bombardé par les FARDC et l’UPDF. L’objectif serait alors de voler à son secours et de le ramener dans le sanctuaire que constituent les forêts des Bapere.

Une telle stratégie de secours mutuel entre cellules ADF dispersées n’est pas nouvelle. Déjà en 2024, après l’installation d’un groupe dans les Bapere, des combattants étaient partis de Bandulu vers Bilulu pour porter assistance à une autre faction délogée de Biakato. Ce mode opératoire démontre une capacité de coordination et de résilience qui complique singulièrement les efforts de neutralisation. Les violences Nord-Kivu Ituri se propagent-elles ainsi inexorablement vers la Tshopo ?

Le bilan des exactions des ADF est déjà catastrophique. Selon les données du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l’homme (BCNUDH), pour la seule année 2025, les membres des ADF ont été responsables de 465 atteintes aux droits de l’homme, faisant 1 749 victimes dans les provinces du Nord-Kivu, de l’Ituri et de la Tshopo. Près de la moitié de ces violations (46,45%) sont des exécutions sommaires. Ces chiffres glaçants illustrent l’urgence absolue de la situation.

L’insécurité grandissante dans le territoire de Mambasa génère désormais des ondes de choc au-delà de ses frontières. Dans le territoire voisin de Bafwasende, la société civile a alerté les autorités, signalant que la population est en proie à une vive inquiétude. « La population est inquiète, nous avons des frères qui vivaient à Nia-Nia et à Bandengaido, ils ont fui », témoigne une source locale. Ce mouvement de populations fuyant les violences risque d’aggraver une crise humanitaire déjà aiguë dans la région.

Face à cette recrudescence des attaques ADF Mambasa, les questions sur l’efficacité de la réponse sécuritaire se multiplient. La sécurisation du territoire Mambasa et de la Réserve de Faune à Okapi représente un enjeu majeur, non seulement pour la protection des civils, mais aussi pour la préservation d’un patrimoine naturel mondial. Les écogardes, en première ligne pour protéger la réserve, sont désormais directement pris pour cible, exposant la faune à des risques de braconnage et de destruction. La communauté internationale et les autorités congolaises parviendront-elles à enrayer cette spirale infernale ? La sécurité des populations et l’intégrité de la réserve en dépendent.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd

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