Dans la salle de conférence du Café Mwanda à Kinshasa, une atmosphère électrique règne ce 13 mars. Des regards brillants d’élèves adolescentes croisent ceux, assurés, de femmes établies dans l’arène politique. Organisé par ONU Femmes RDC, ce dialogue intergénérationnel Kinshasa bat son plein sous le thème évocateur : « Leader pour un jour, transformateur pour toujours ». Ici, pas de discours théoriques, mais un échange franc, palpable, entre la relève et l’expérience. Pourquoi est-il si crucial de créer ces ponts entre générations ? La réponse se dessine dans les questions timides mais profondes des jeunes filles et dans les réponses sans fard des élues.
« Il est essentiel que les jeunes filles puissent bénéficier de l’expérience, du parcours et des conseils de celles et ceux qui ont déjà franchi certaines étapes », a lancé d’emblée Catherine Odimba, représentante adjointe d’ONU Femmes en République démocratique du Congo. Son intervention a planté le décor de cette rencontre unique, visant à inspirer l’engagement politique des jeunes filles. Face à elle, des adolescentes issues de divers établissements scolaires, suspendues à ses lèvres, cherchant peut-être un modèle, une confirmation que leur voix compte. Comment, en effet, nourrir des ambitions dans un pays où la représentation féminine aux postes de décision reste un combat de tous les instants ?
Le témoignage fort est venu de Clotilde Mutita, rapporteure adjointe de l’Assemblée nationale. Partager son parcours, ses embûches, ses victoires, n’était pas un exercice de gloire, mais une main tendue. « Les défis sont nombreux, a-t-elle reconnu, mais la persévérance, la formation continue et une confiance inébranlable en soi sont vos meilleures armes. » Dans la salle, un silence respectuel accueille ses mots. Une élève ose alors demander : « Est-ce que la politique est vraiment une place pour les femmes aujourd’hui en RDC ? » La question, directe, résume les doutes d’une génération. La réponse de l’élue, tissée d’anecdotes personnelles, a tourné autour d’un impératif : oser prendre sa place, car le leadership féminin Congo a besoin de nouvelles visages, de nouvelles idées.
Cet événement s’inscrit dans une dynamique plus large de promotion du leadership féminin Congo. La présence de plusieurs femmes parlementaires RDC n’est pas anodine ; elle symbolise une volonté de transmission concrète. L’interactivité était au cœur des échanges. Les jeunes ont interrogé sans détour sur les obstacles financiers, les pressions sociales, la conciliation entre vie familiale et engagement public. Les réponses, parfois teintées d’émotion, ont mis en lumière la réalité du terrain : un chemin semé d’embûches, mais possible à arpenter avec du soutien et de la détermination. Ces dialogues intergénérationnels à Kinshasa servent-ils vraiment de tremplin ? À voir l’enthousiasme des participantes en sortant, on est tenté de répondre par l’affirmative.
Au-delà des mots, cet atelier organisé par ONU Femmes RDC pose une question fondamentale pour l’avenir sociétal du pays : comment construire une démocratie inclusive si la moitié de sa population jeune hésite à s’impliquer ? L’analyse collective pointe un déficit criant de modèles accessibles et la persistance de stéréotypes qui découragent les vocations. Pourtant, comme l’a souligné une participante, « voir une femme qui a réussi nous prouve que c’est possible ». C’est précisément cette étincelle que l’initiative cherche à allumer. La transmission d’expérience n’est pas qu’un partage de savoir-faire ; c’est un acte de foi dans le potentiel de la jeunesse congolaise.
La clôture, portée par un mot de remerciement émouvant d’une sœur responsable d’établissement, a scellé cette parenthèse d’espoir. Gratitude envers les organisateurs, mais aussi appel à la pérennisation de tels espaces. L’enjeu est de taille : favoriser l’émergence d’une génération de femmes transformatrices, capables de porter un projet de société plus équitable. Les échanges de ce jour dépassent les murs du Café Mwanda ; ils interrogent la capacité de la société congolaise à embrasser pleinement le potentiel de ses filles. Le chemin vers une participation politique équilibrée est long, mais chaque dialogue, chaque témoignage, est un pavé posé sur cette route. L’engagement politique des jeunes filles n’est pas une option, mais une nécessité pour la transformation durable de la RDC.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
