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Tribunal militaire Butembo : la justice rendue sous des bâches dans des conditions critiques

Au cœur de la province troublée du Nord-Kivu, une juridiction censée incarner l’autorité de l’État et la rigueur de la loi opère dans des conditions dégradantes, mettant en péril le principe fondamental d’un procès équitable. Le tribunal militaire de garnison de Butembo, dont la compétence s’étend également sur le territoire voisin de Lubero, est contraint de tenir ses audiences sous des bâches délabrées, faute d’infrastructure adéquate. Cette situation, qualifiée de « critique » par les observateurs des droits de l’homme, soulève des questions pressantes sur l’effectivité de la justice dans l’est de la République Démocratique du Congo.

Les constats dressés par le Réseau pour les Droits de l’Homme (REDHO) sont alarmants. Muhindo Wasivinywa, coordonnateur de l’organisation basée dans la région, décrit un tableau où la dignité de la justice est mise à mal par l’indigence des infrastructures judiciaires Nord-Kivu. « Les audiences se tiennent dans des bâches délabrées. Pendant la pluie, on est contraint de surseoir, ce qui préjudicie énormément les justiciables, surtout les détenus qui souhaitent être fixés à temps sur leur sort », a-t-il expliqué. Cette précarité expose magistrats, prévenus, avocats et publics aux intempéries, transformant les séances judiciaires en une épreuve physique supplémentaire.

Les conséquences de ces conditions critiques tribunal sont tangibles et graves. La saison des pluies, récurrente dans la région, paralyse quasi quotidiennement le travail de la juridiction. Des dossiers sont reportés de jour en jour, certains ayant connu, selon les affirmations de justiciables recueillies par le REDHO, plus de cinq reports successifs. Ces retards systématiques constituent une entrave sérieuse au droit à un procès dans un délai raisonnable, un droit pourtant garanti par la constitution et les instruments internationaux ratifiés par la RDC. Comment, dans de telles circonstances, la justice militaire peut-elle assurer sa mission de répression et de régulation, essentielle dans une zone en proie à l’insécurité ?

L’appel lancé par le REDHO est un cri d’alarme adressé aux autorités publiques. L’organisation plaide pour la construction urgente d’un bâtiment digne pour cette juridiction décrite comme étant « d’importance capitale ». Un tel investissement dans les infrastructures judiciaires Nord-Kivu ne serait pas seulement un geste symbolique ; il représenterait une action concrète pour soulager les justiciables et tous les acteurs de la chaîne judiciaire, et pour redonner à l’institution sa pleine autorité. La situation du tribunal militaire Butembo n’est malheureusement pas un cas isolé, mais elle illustre de manière criante le décalage entre les besoins impérieux de justice et les moyens alloués pour y répondre.

À ce jour, aucune réaction officielle n’a été obtenue de la part des responsables de la juridiction militaire concernée. Ce silence interroge. La modernisation et la dignification des palais de justice, y compris militaires, sont pourtant un impératif pour tout État de droit. Les audiences sous bâches à Butembo sont-elles le reflet d’une priorisation défaillante ou simplement d’un oubli des zones périphériques ? La balle est désormais dans le camp des décideurs. La réponse, ou son absence, sera scrutée par les justiciables, par la société civile vigilante comme le REDHO droits de l’homme, et par tous ceux pour qui la justice reste le pilier incontournable de la paix et du développement dans le Nord-Kivu.

Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net

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