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Kakobola 2026 : inauguration ou mirage énergétique pour Kikwit ?

Près d’une décennie après sa mise en service, la centrale hydroélectrique de Kakobola se trouve au cœur d’une annonce à la portée symbolique majeure, mais entourée d’un épais brouillard opérationnel. Le ministre des Ressources hydrauliques, Aimé Molendo Sakombi, a officiellement évoqué dans une correspondance une inauguration de l’ouvrage le 24 mars 2026 par un envoyé spécial du Président de la République, suivie le lendemain du lancement effectif de l’énergie électrique à Kikwit depuis les installations de la SNEL. Cette séquence calendaire, si elle se concrétise, marquerait l’aboutissement d’un chantier longtemps attendu pour alimenter la cité économique du Kwilu. Cependant, l’annonce ministérielle, plutôt que de clarifier la situation, a jeté une confusion palpable dans l’opinion publique locale, soulevant des interrogations fondamentales sur la nature même de l’énergie qui sera distribuée.

Le nœud du problème réside dans une distinction technique cruciale, mais trop souvent ignorée dans le discours public. La ville de Kikwit dispose en réalité de deux réseaux distincts : celui, historique, de la SNEL, alimenté par une centrale thermique fonctionnant aux groupes électrogènes, et celui, plus récent mais sous-utilisé, du barrage de Kakobola. L’ambiguïté naît du lieu choisi pour la cérémonie de « lancement » : les installations de la SNEL. Cette décision logistique alimente immédiatement le scepticisme. S’agit-il de lancer l’énergie propre et pérenne de la centrale hydroélectrique Kakobola, ou simplement de procéder à une mise en service temporaire et symbolique des générateurs thermiques de la SNEL, le temps d’une visite présidentielle ? La question n’est pas anodine ; elle touche à la crédibilité même de l’action publique en matière énergétique, un secteur où les promesses ont souvent buté sur des réalités techniques et financières implacables.

Les forces vives de Kikwit, lassées des décennies de déficits énergétiques, ne s’y trompent pas et exigent des éclaircissements sans fard. Le mouvement citoyen Pona Congo exprime un doute franc, nourri par des expériences passées amères. « On se pose la question de savoir : est-ce que ce sera effectivement le courant du barrage qui sera lancé officiellement par le chef de l’État ? Ce sera encore des générateurs de la SNEL sous couvert pour essayer un peu de flouer la population ? », interroge Jarjinho Mpungu, communicateur du mouvement. Ce scénario d’un « coup de com’ » énergétique éphémère, suivi d’un retour aux ténèbres une fois le cortège officiel parti, est redouté par une population en attente d’une solution durable. De l’autre côté, la société civile urbaine, emmenée par le Dr Aimé Kavunga, ne jure que par le potentiel transformateur du vrai courant de Kakobola. « Le courant de Kakobola sera permanent. Sa disponibilité et son coût permettront aux ménages d’y avoir accès. […] Nous sommes fatigués de ce système de groupes électrogènes », plaide-t-il, pointant les nuisances sonores, la pollution et le coût prohibitif de l’énergie thermique qui asphyxient l’économie locale.

Derrière ce débat de fond sur la transparence se profile une réalité économique beaucoup plus préoccupante, qui pourrait compromettre la tenue même des délais annoncés. Alors que le volet technique du projet Kakobola RDC serait achevé à 98%, le volet financier montre des signes de faiblesse alarmants. La société gestionnaire, la GCK, accumulerait trois mois d’arriérés de salaires pour son personnel et plus de sept mois de frais de fonctionnement impayés. Cette hémorragie financière n’épargne pas les sous-traitants : la société Angélique, en charge de la production et de la maintenance, verrait ses factures rester sans règlement. Une situation identique toucherait l’ingénieur-conseil WAPCOS ainsi que les entreprises MEK et APS, responsables du transport par lignes haute tension. Comment un projet dont les rouages financiers sont grippés à ce point peut-il sérieusement envisager une inauguration dans moins de deux ans ? Cette contradiction entre l’affichage politique d’une date et les difficultés de trésorerie sur le terrain dessine le portrait d’un ouvrage en équilibre instable.

L’annonce d’une inauguration en 2026 agit donc comme un miroir aux alouettes, révélant moins une dynamique de finalisation qu’un faisceau de tensions non résolues. Pour la population et les entrepreneurs de Kikwit, l’enjeu dépasse la simple symbolique d’une cérémonie. Il s’agit de savoir si la région accédera enfin à une énergie stable, compétitive et capable de soutenir le développement d’activités économiques structurantes, ou si elle restera prisonnière du bruit et des coupures des groupes électrogènes. La crédibilité des autorités est directement engagée dans leur capacité à lever les ambiguïtés sur la source de l’énergie promise et à débloquer les financements nécessaires pour solder les dettes opérationnelles. Sans ces clarifications et ces actes concrets, l’inauguration Kakobola 2026 risque de n’être qu’un nouvel épisode dans la longue saga des promesses non tenues du secteur électrique congolais, laissant la ville de Kikwit dans l’attente d’une lumière qui tarde à jaillir.

Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd

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Amissi G
Amissi G
Né à Lubumbashi, Yvan Ilunga est un passionné de la richesse culturelle du Congo. Expert en éducation et en musique, il vous plonge au cœur des événements culturels tout en mettant en lumière les initiatives éducatives à travers le pays. Il explore aussi la scène musicale avec une analyse fine des tendances artistiques congolaises, faisant d’Yvan une véritable référence en matière de culture.
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