Ce lundi 16 mars, à Kinshasa, le réveil a été rude pour des milliers de Kinois. Alors que le soleil se levait sur la capitale congolaise, les rues habituellement bruyantes de taxis et de bus étaient étrangement silencieuses. Une grève des taxis à Kinshasa, déclenchée pour protester contre les tracasseries administratives, a paralysé la ville, plongeant les habitants dans un véritable casse-tête pour se rendre au travail ou à l’école. Comment les citoyens ordinaires survivent-ils à cette perturbation soudaine ?
« J’ai fait les pieds de BKTF jusqu’à Debonhome pour avoir le transport. De là, j’ai pris le bus de Isam qui généralement coûte 1000 FC mais aujourd’hui j’ai payé 2000 FC. À partir de Isam, il n’y avait pas de bus et j’ai pris la moto à un coût élevé pour arriver à mon lieu de travail. Nombreux font encore les pieds », raconte une habitante de Tshangu qui travaille à Gombe. Son témoignage résume le calvaire vécu par des milliers de personnes. Un enseignant de Mont-Ngafula confirme : « Aujourd’hui, avoir un transport est tout un problème. Heureusement que j’étais informé de l’alerte depuis hier soir et je suis sorti très tôt. Derrière moi, la situation a empiré ; plusieurs personnes font les pieds pour venir du centre-ville. »
Cette grève des taxis à Kinshasa n’est pas un simple mouvement de colère. Elle est le résultat de mois de frustrations accumulées face aux tracasseries administratives imposées aux chauffeurs. Le gouvernement provincial a lancé une opération de contrôle des documents de bord : contrôle technique, vignette, assurance, permis de conduire. Sans ces papiers, circuler dans Kinshasa est interdit. Mais pour les conducteurs, cette régulation se transforme en harcèlement quotidien. Qui peut fonctionner dans de telles conditions ?
Baby Mbiye Albert, vice-président de l’Association des chauffeurs du Congo (ACCO) section Kinshasa, explique : « Sur le contrôle technique, on avait demandé une dérogation jusqu’en janvier pour que les responsables s’acquittent de leur devoir civique. Après l’expiration, nous avons fait une nouvelle demande, mais ils ont agi sans tenir compte. Il y a aussi le problème de permis de conduire : nous avons demandé l’ouverture de sites supplémentaires pour délivrer les permis, ça n’a pas été fait. » Ces blocages administratifs poussent les chauffeurs à la révolte. Est-ce vraiment la façon de gérer un secteur aussi vital ?
Autre grief majeur : l’implication des FARDC dans la régulation de la circulation. « Ils ne sont pas reconnus dans la réglementation routière et commettent des abus. Il y a même eu des militaires qui ont tiré sur un véhicule, cassant le pare-brise », dénonce Baby Mbiye Albert. Cette militarisation de l’espace routier alimente un climat de peur et d’arbitraire. Comment un tel système peut-il garantir la sécurité et l’ordre ?
Pourtant, le vice-président de l’ACCO précise que son organisation n’est pas à l’origine de la grève. Il fustige la prolifération de syndicats dans le secteur, source de désordre. Mais sur le terrain, la colère est bien réelle. La grève des taxis à Kinshasa a des conséquences palpables : le transport à Kinshasa est paralysé, les prix des courses restantes flambent, et les Kinois doivent marcher des kilomètres. Cette situation révèle une crise plus profonde, où l’administration semble déconnectée des réalités du terrain.
Derrière les tracasseries administratives et les abus, c’est toute la gestion du secteur des transports qui est en cause. Le contrôle des documents de bord est nécessaire pour la sécurité, mais son application doit être juste et accompagnée de mesures d’accompagnement. L’irruption des FARDC dans la régulation de la circulation pose des questions fondamentales sur la légitimité et la formation de ces acteurs. Qui contrôle les contrôleurs, et jusqu’où va l’impunité ?
Les enjeux sont sociaux et économiques. Des milliers de familles dépendent des transports publics pour leur survie quotidienne. Lorsque le système dysfonctionne, ce sont les plus vulnérables qui trinquent. La grève d’aujourd’hui est un avertissement clair : sans dialogue et sans réforme structurelle, Kinshasa risque de sombrer dans un chaos mobilité permanent. Les autorités provinciales sauront-elles écouter la colère des chauffeurs et les souffrances des citoyens, ou continueront-elles à ignorer les appels au changement ?
En attendant, les Kinois continuent de parcourir les artères de la capitale à pied, sous un soleil de plomb, espérant que demain apportera une solution. La grève des taxis à Kinshasa n’est pas qu’un fait divers ; c’est le symptôme d’une administration déconnectée et d’un secteur vital asphyxié par les conflits. Il est temps de repenser la mobilité urbaine pour qu’elle serve enfin la population, plutôt que de l’étouffer. La capitale mérite mieux que cette paralysie quotidienne.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
