Dans le quartier de Shari à Bunia, une femme raconte comment sa vie a basculé. « Avant, j’avais peur d’aller chercher de l’eau, peur pour mes filles. Aujourd’hui, grâce aux séances de dialogue, nos maris parlent avec les anciens et la tension est tombée », confie-t-elle, les yeux brillant d’un espoir fragile. Ce témoignage, parmi des milliers d’autres, incarne l’impact silencieux mais profond des organisations féminines qui se battent pour la paix en Ituri. Leur combat quotidien contre la violence et pour la cohésion sociale a été au cœur d’une rencontre capitale, ce dimanche 15 mars à Bunia, avec Maryam Bukar Hassan, la défenseure globale des Nations Unies pour la paix.
Le constat dressé lors de ces échanges est à la fois porteur d’espoir et lourd d’alarme. D’un côté, les initiatives portées par des structures comme la SOFEPADI ou les Femmes médiatrices pour la paix démontrent une efficacité tangible. Elles ne se contentent pas de dénoncer les violences basées sur le genre en République démocratique du Congo ; elles agissent concrètement sur le terrain. Leur travail de médiation apaise les conflits armés et communautaires, leur prise en charge holistique redonne une dignité aux survivantes de violences sexuelles, et leurs programmes d’autonomisation transforment des victimes en actrices de leur propre avenir. Ces organisations féminines en Ituri sont devenues les architectes invisibles d’une paix naissante, renforçant la cohésion sociale dans des zones où elle semblait irrémédiablement brisée.
Mais comment pérenniser ces avancées quand les ressources manquent cruellement ? C’est la question urgente, presque criante, qui a été posée à l’émissaire onusienne. Derrière les succès locaux se cache une réalité précaire : le manque de financement stable menace de réduire à néant des années d’efforts. Les femmes leaders ont lancé un appel pressant à Maryam Bukar Hassan : plaider pour une mobilisation de fonds directs et durables auprès des bailleurs internationaux. Leur demande est claire : il faut un soutien structurel pour répondre aux besoins vitaux des communautés, particulièrement des femmes et des enfants, premières victimes de l’instabilité. Sans cela, tous les progrès enregistrés dans la lutte contre les violences basées sur le genre au Congo pourraient s’évaporer aussi vite qu’ils sont apparus.
Le départ de la défenseure globale, après une mission de deux jours en Ituri, laisse donc un goût mitigé. D’un côté, une reconnaissance salutaire du travail accompli par la société civile locale, un hommage à ces femmes qui font souvent office de dernier rempart contre la barbarie. De l’autre, une inquiétude palpable. La paix en Ituri en RDC est-elle condamnée à n’être qu’un projet à bout de souffle, dépendant de la charité internationale ? Les organisations sur le terrain ont prouvé qu’avec des moyens, elles obtenaient des résultats. La SOFEPADI et ses consœurs ne demandent pas l’aumône, mais un investissement dans la stabilité. Leur plaidoyer soulève un enjeu fondamental : la construction de la paix peut-elle vraiment se faire sans un financement pérenne et une confiance accordée à celles qui en connaissent les contours intimes ?
Alors que Maryam Bukar Hassan reprend la route, les regards en Ituri se tournent vers l’avenir. L’espoir né des projets concrets peut-il résister à la dure loi des budgets ? L’action des femmes a montré qu’une autre voie était possible, une voie où la diplomatie de la palabre et du soin supplante celle des armes. Mais cette voie exige un engagement ferme. La communauté internationale, souvent prompte à déplorer les crises, saura-t-elle enfin écouter et soutenir celles qui, sur le terrain, en bâtissent les solutions ? La réponse à cette question déterminera non seulement l’avenir des organisations féminines en Ituri, mais aussi celui de la paix dans toute la province.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
