Une décennie. Dix années de lutte, de résilience et de transformation sociale qui ont insufflé une nouvelle fierté dans le cœur de toute une communauté. À l’approche du dixième anniversaire du festival « Fièrement Ndundu », l’entrepreneur social Yan Mambo, coordonnateur de l’ASBL Plus de couleurs, regarde le chemin parcouru avec un mélange de satisfaction légitime et d’ambition renouvelée. Son combat pour l’inclusion des personnes atteintes d’albinisme en République Démocratique du Congo a traversé les préjugés, brisé les tabous et planté les graines d’une acceptation nouvelle, sans pourtant avoir atteint l’idéal d’une société pleinement inclusive.
« Aujourd’hui, le mariage entre personnes atteintes d’albinisme et personnes à forte mélanine n’est plus un tabou », confie-t-il, une lueur de victoire dans la voix. Cette simple affirmation résume à elle seule une révolution silencieuse. Là où régnaient l’ignorance et la peur, une normalité plus douce s’est installée. Voir une personne albinos marcher tête haute dans les rues de Kinshasa n’est plus une anomalie, mais le fruit d’un long travail de sape contre les stéréotypes. Comment ne pas voir, dans cette évolution, la preuve tangible de l’impact d’un engagement soutenu ?
Pourtant, derrière ces avancées sociales se cache un combat quotidien, mené souvent dans l’ombre et avec des moyens dérisoires. Le festival Fièrement Ndundu, phare de ce mouvement, n’a pu organiser que sept éditions en dix ans, freiné par la pandémie de Covid-19 et le deuil d’une figure majeure. « On ne fait pas la fête quand ça brûle chez les voisins », rappelle Yan Mambo avec la sagesse de ceux qui ont appris à composer avec l’adversité. Le manque de sponsoring institutionnel reste la plaie béante de cette initiative. Alors que la presse, elle, « n’a jamais lâché », le soutien des pouvoirs publics et des entreprises fait cruellement défaut, obligeant les porteurs du projet à puiser dans leurs propres ressources et dans la générosité de particuliers.
La célébration de la décennie, baptisée « Fièrement Ndundu Décennie #F10 », se veut donc à la fois un hommage et un cri de ralliement. Elle honorera les pionniers de la lutte, de Mwimba Texas à Ilunga Police Belge, tout en accueillant des délégations venues de toute l’Afrique et de la diaspora. Mais au-delà de l’événement festif, c’est vers l’avenir que Yan Mambo veut tourner les regards. La prochaine décennie doit être celle des infrastructures et de la pérennisation. Le projet ALBISHOP, un espace dédié où les personnes albinos pourraient se procurer des lotions de protection et bénéficier de soins dermatologiques et ophtalmologiques, attend toujours un réel engagement des autorités. « Le dernier régime n’avait pas pris ce projet au sérieux », regrette-t-il, lançant un appel discret mais ferme au président Félix Tshisekedi, qui l’a récemment salué publiquement.
L’enjeu dépasse aujourd’hui la simple visibilité. Il s’agit de construire un écosystème de soutien durable, depuis un meilleur suivi scolaire des enfants albinos jusqu’à la reconnaissance de leurs talents dans tous les secteurs de la société. La question de la représentation politique, évoquée à travers la nomination de personnes vivant avec un handicap à des postes ministériels, est abordée avec pragmatisme par Yan Mambo : « Le plus important reste d’avoir les compétences requises pour mériter le respect ». Une leçon de dignité qui transcende les clivages.
Alors que la RDC s’apprête à marquer la Journée internationale de sensibilisation à l’albinisme le 13 juin prochain, le message de Yan Mambo est clair : ce combat est désormais celui de toute la nation. « En réussissant Fièrement Ndundu, nous pouvons faire de la RDC le pays qui aura remporté le combat pour la promotion et la dignité des personnes atteintes d’albinisme ». Une ambition à la hauteur du chemin parcouru, mais qui nécessite un sursaut collectif. Dix ans après les premiers pas, la route vers l’inclusion totale est encore longue, mais chaque visage fier, chaque talent révélé, chaque préjugé effacé constitue une victoire qui éclaire la voie.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
