La fermeture de la frontière entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda à Mpondwe, décidée fin mai par les autorités ougandaises, continue de peser lourdement sur la vie quotidienne à Kasindi-Lubirigha. Plus d’un mois après cette mesure sanitaire, les prix des produits de première nécessité grimpent et les activités transfrontalières, vitales pour de nombreuses familles, sont à l’arrêt. Les personnes vivant avec handicap, particulièrement dépendantes de ces échanges, tirent la sonnette d’alarme.
Une frontière fermée qui paralyse l’économie locale
Depuis la réapparition de la maladie à virus Ebola de la souche Bundibugyo en RDC, l’Ouganda a fermé sa frontière, n’autorisant que le passage des véhicules de marchandises avec un chauffeur et un assistant. Cette restriction a transformé Kasindi en « ville fantôme », selon des témoins. Les triporteurs, habituellement utilisés pour le transport de colis légers, se font rares, et les mouvements de personnes sont totalement paralysés. Pour Kavugho Fazila, responsable d’une association de personnes vivant avec handicap à Kasindi, la situation est critique : « Comment allons-nous survivre et nourrir nos familles alors que nous vivons des activités liées à la frontière ? »
Des prix en hausse pour les ménages
Sur les marchés de Beni, notamment à Kilokwa, les consommateurs subissent déjà les effets de cette fermeture. Le bidon de 20 litres d’huile végétale est passé de 35 à 38 dollars, tandis que la caisse de 12 bouteilles de jus coûte désormais entre 9 500 et 10 000 francs congolais, contre 9 000 auparavant. La plaquette de 30 œufs a grimpé de 9 000-9 500 francs à 11 000-11 500 francs. Le sac de 25 kg de farine est passé de 18 à 20 dollars, et celui de riz Pakistan de 19 à 20 dollars. Si les poissons salés, frais et fumés conservent leurs prix habituels, des fruits comme les pommes, oranges et raisins commencent à se raréfier, sans impact immédiat sur les prix.
Un double effet pour les producteurs locaux
L’absence d’acheteurs ougandais a aussi des conséquences pour les producteurs de la région. Faute de débouchés, leurs revenus chutent de moitié et ils peinent à écouler leur production. Paradoxalement, les consommateurs locaux profitent de prix en baisse sur certains produits, comme les bananes, dont le régime est passé de 30 000 à 20 000 francs. Mais Kambale Kalengya Profil, vice-président de la Fédération des entreprises du Congo à Kasindi, met en garde : « C’est un risque économique parce que ce sont des capitaux qui sont en danger de disparition. » Il appelle le gouvernement à des mesures d’accompagnement urgentes pour éviter l’effondrement de l’économie agricole frontalière.
Des appels à renforcer les dispositifs sanitaires
Face à cette crise, la société civile locale plaide pour un renforcement des contrôles sanitaires plutôt qu’une suspension totale des échanges. La frontière de Kasindi, point névralgique du commerce entre la RDC et l’Ouganda, voit transiter chaque jour des milliers de personnes. Sa fermeture, intervenue près de deux semaines après la déclaration de l’épidémie en Ituri, avait d’abord prévu des exceptions pour les urgences humanitaires et le fret. Mais le renforcement des mesures par les autorités du district ougandais de Kasese a aggravé les perturbations, laissant les populations frontalières dans l’incertitude.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
