Les rémunérations des plus hautes autorités de l’État congolais restent absentes de l’information publique. Une note d’analyse du CNPAV sur les disparités de rémunération entre agents publics congolais relève que ni la présidence de la République, ni les deux chambres du Parlement, ni la Primature, ni le gouvernement ne publient à ce jour les montants versés à leurs principaux responsables. Pour le citoyen comme pour les institutions, l’enjeu est simple: sans montant connu, il devient difficile de comparer les traitements, de lire les écarts et d’apprécier concrètement l’équité salariale dans la fonction publique.
Des salaires non publiés au sommet
Le document du CNPAV constate d’abord l’absence de publication de la rémunération du président de la République. Il affirme que le salaire du chef de l’État « n’est pas connu même de lui-même ». Cette formulation met en lumière une difficulté institutionnelle: si le traitement exact n’est pas rendu public, l’appréciation de l’évolution du patrimoine pendant l’exercice des fonctions devient plus complexe, selon l’analyse.
Le même problème est signalé pour les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat. Leurs rémunérations ne sont pas publiées par les institutions concernées. D’après le CNPAV, cette absence d’information alimente des spéculations sur les montants exacts. L’enjeu ne porte donc pas seulement sur le niveau supposé des salaires, mais sur la possibilité de vérifier les données par des documents accessibles.
Le budget ne détaille pas les rémunérations
Pour la Primature et les membres du gouvernement, la note relève une autre limite: le budget alloué à ces institutions ne permet pas d’identifier la part consacrée à la rémunération de la Première ministre et des ministres. Autrement dit, même lorsque des crédits budgétaires existent, ils ne donnent pas nécessairement une lecture directe du traitement individuel des responsables concernés.
Cette situation touche au fonctionnement pratique des institutions publiques à Kinshasa. Un budget peut indiquer des enveloppes globales, mais si la rémunération des autorités n’est pas isolée, le contrôle citoyen et l’analyse des écarts deviennent difficiles. Le gouvernement congolais et son budget se trouvent ainsi au cœur d’une question de lisibilité: quelles dépenses correspondent aux salaires, et lesquelles relèvent d’autres charges institutionnelles?
Une grille publique pour les agents de carrière
Le contraste est marqué avec la fonction publique de carrière, dont les grilles salariales sont rendues publiques par décret. Le décret n°22/45 du 6 décembre 2022 fixe notamment le traitement initial d’un huissier à 240 720 francs congolais, contre 390 439 francs congolais pour un secrétaire général. Ces montants permettent au moins une comparaison de base entre grades administratifs.
Pour le lecteur non spécialiste, cette différence est importante. Lorsque la grille est publiée, chacun peut connaître le montant de départ d’un poste, mesurer l’écart entre deux niveaux de responsabilité et discuter de l’équité salariale dans la fonction publique sur une base vérifiable. À l’inverse, lorsque les rémunérations des autorités ne sont pas disponibles, la comparaison entre le sommet de l’État et les agents de carrière reste incomplète.
L’équité salariale difficile à évaluer
La Constitution congolaise consacre, dans ses articles 12, 36 et 58, le principe d’égalité devant la loi et le droit à une rémunération équitable. Le CNPAV estime que l’absence de publication des rémunérations des plus hautes autorités rend difficile l’évaluation du respect de ces dispositions. La question posée n’est donc pas seulement administrative: elle touche à la cohérence entre les principes constitutionnels et les informations réellement disponibles.
Dans une lecture économique, la transparence salariale sert à rendre les écarts compréhensibles. Elle ne signifie pas automatiquement que tous les agents doivent percevoir le même montant, mais elle permet de savoir sur quelles bases les différences existent. Sans cette information, l’analyse des CNPAV rémunérations autorités reste limitée par un manque de données publiques.
Le débat reste ainsi centré sur une exigence pratique: rendre lisibles les rémunérations au sommet de l’État afin de permettre une comparaison avec les grilles déjà connues de l’administration de carrière. À ce stade, la note ne fournit pas les montants des autorités concernées. Elle établit surtout un constat d’opacité qui empêche d’apprécier clairement la place des plus hauts traitements dans l’ensemble de la rémunération publique congolaise.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
