AccueilActualitéSecuritéMaiko : deux sociétés chinoises suspendues à Lubutu

Maiko : deux sociétés chinoises suspendues à Lubutu

Le ministre des Mines a suspendu les activités de deux sociétés chinoises actives dans le secteur sud du parc national de la Maiko, après des constats faisant état d’une exploitation minière engagée avec de simples permis de recherche. Les sociétés Stones Mining Sarlu et Xin Hong Kuan Ye Sarl sont citées dans ce dossier, dans une zone où la présence de groupes armés complique l’application des décisions administratives.

D’après les informations disponibles, les exploitants chinois ont commencé leurs opérations en janvier 2026. Ils occupent déjà un carré minier de 85 hectares. Des images capturées au début du mois de juin montrent de grosses machines en action dans la zone tampon et sur une partie du parc. Les activités portent sur l’or, le diamant, la cassitérite et le coltan.

Des permis de recherche contestés à la Maiko

Le point central du dossier concerne la nature des titres détenus par les sociétés concernées. Selon le ministre des Mines, ces entreprises chinoises ne disposent que de permis de recherche. Elles auraient pourtant commencé l’exploitation minière, au-delà du cadre autorisé par ces documents.

La présence d’une drague robotisée en activité sur la rivière Osso est présentée comme un élément attestant cette exploitation. Ce constat place l’affaire sur le terrain administratif et sécuritaire. Il ne s’agit pas seulement d’une activité extractive contestée, mais d’une opération menée dans une aire protégée, avec une emprise déjà visible sur le terrain.

Selon l’administration du parc, les mêmes exploitants auraient aussi l’intention d’explorer jusqu’à huit carrés miniers. Cette extension projetée entrerait davantage dans le parc national de la Maiko. À ce stade, l’information porte sur une intention signalée par l’administration du parc, sans autre détail communiqué sur le calendrier ou les surfaces concernées.

La milice Simba citée autour du site d’Osso

Le volet sécuritaire pèse lourdement sur le dossier. Les exploitants chinois bénéficieraient de la protection de la milice Simba, un groupe armé Mai-Mai qui domine le village Osso depuis plusieurs années. Cette présence armée est citée comme un facteur de contrainte pour les populations riveraines.

Pour accéder au premier carré minier, un chemin a été tracé au milieu des champs des habitants. Les plaintes des victimes restent contenues, selon les informations disponibles, en raison des règles imposées localement par la milice Simba en faveur des exploitants chinois. Aucun bilan détaillé des pertes agricoles ou des ménages touchés n’a été communiqué.

Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, a demandé des informations sur les groupes armés qui encadrent les activités minières illicites dans le parc de la Maiko, dans le secteur de Bitule, territoire de Lubutu. Cette demande place le dossier dans une procédure de suivi institutionnel, au croisement de l’exploitation minière illégale, de la sécurité locale et de la protection d’une aire protégée.

La rivière Osso exposée aux déchets miniers

La rivière Osso est également au centre des préoccupations. Elle est décrite comme le déversoir des déchets miniers liés aux opérations sur le site. Cette pollution de l’eau est associée à des conséquences à court, moyen et long terme, dans une zone où les animaux et les riverains vivent des eaux de cette rivière.

Les éléments disponibles ne donnent pas de mesures techniques sur la qualité de l’eau ni d’évaluation sanitaire détaillée. Le risque mentionné repose toutefois sur le rôle direct de la rivière dans la vie des communautés riveraines et de la faune. Dans le secteur sud du parc, cette situation ajoute une pression environnementale à une activité déjà contestée sur le plan légal.

Une interdiction déjà contournée

La suspension décidée par le ministre des Mines intervient après des interdictions locales restées sans effet. Les autorités locales avaient déjà interdit l’exploitation minière dans cette zone, mais les activités se sont poursuivies. Cette répétition interroge la capacité des services compétents à faire appliquer les décisions sur un territoire où des groupes armés sont actifs.

En 2025, les équipes de l’ICCN ont contrôlé 33,3% de l’étendue du parc national de la Maiko. L’aire protégée reste marquée par la présence de groupes armés, dont les ADF. Elle constitue aussi un sanctuaire pour plusieurs espèces endémiques ou emblématiques, notamment l’okapi, le paon congolais, le gorille de Grauer, l’éléphant de forêt et le chimpanzé à face claire.

Le dossier de Lubutu, au Maniema, dépend désormais des suites données aux décisions administratives et aux demandes d’informations sur les protections armées autour des sites miniers. Les faits documentés montrent une activité extractive installée, une suspension ministérielle et un enjeu sécuritaire qui conditionne l’exécution effective des mesures annoncées.

Article Ecrit par Cédric Botela

Source: Actualite.cd

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