À Kisangani et à Isangi centre, la flambée du prix du riz s’est installée dans les achats du quotidien. Le gobelet, encore vendu à 1 100 FC à Kisangani à la mi-mai, coûte 2 500 FC ce 15 juin. À Isangi, il est passé de 1 000 FC à 2 100 FC. Cette hausse de plus de 100% touche une denrée centrale dans l’alimentation boyomaise, souvent servie avec le haricot ou le pondu.
Le constat concerne aussi les restaurants. À Makiso, dans un restaurant de la place Régalade, communément appelé Heineken, un habitant explique que les anciens prix ne tiennent plus. « Dans le restaurant, il n’existe plus de plat qui coûte 2000 FC comme avant. Aujourd’hui, celui qui veut une petite quantité de riz achète à partir de 3000 FC. On s’adapte pour l’instant mais avec difficulté », dit-il. Face à cette pression, certains Boyomais se reportent vers la banane plantain et la chikwangue, tandis que le foufou a également connu une majoration.
Kisangani et Isangi face à une hausse rapide
La progression des prix intervient alors que le riz blanc devient rare à Kisangani. Un sac s’achète désormais à 650 mille FC, selon les éléments rapportés. Dans la Tshopo, le riz occupe une place importante dans les repas, aux côtés du haricot et du pondu. La hausse affecte donc directement les habitudes alimentaires des ménages et des petits restaurants.
La situation ne se limite pas à Kisangani. Isangi centre subit également la hausse du gobelet. Les données disponibles montrent une évolution rapide sur quelques semaines, entre la mi-mai et le 15 juin. À ce stade, les faits établis portent sur les prix constatés et sur la rareté signalée dans la ville.
Quadratus Muganza lie la crise au calendrier agricole
Pour Quadratus Muganza, président de l’union paysanne pour le développement de Kisangani, la principale cause se trouve dans la perturbation climatique de la saison B, notamment en juillet, août et septembre 2025. Il explique que les pluies ont réduit les semis lors de cette période. Les producteurs qui ont cultivé entre octobre, novembre et décembre 2025 ont ensuite rencontré la sécheresse.
« Pendant la période de semi B, on a enregistré beaucoup de pluies, ce qui a fait qu’un grand nombre de paysans n’a pas semé le riz l’année passée. Et le peu qui a cultivé le riz entre Octobre, novembre et décembre 2025, a croisé la sécheresse. C’est la première raison », affirme-t-il. Selon lui, la période allant de mars à juin correspond aussi à une carence du riz. La combinaison de ces facteurs aurait aggravé l’augmentation du prix du riz.
La Tshopo approvisionne aussi plusieurs provinces voisines en riz blanc, notamment le Nord-Kivu, le Haut-Uele, le Maniema et l’Ituri. Le riz mentionné provient d’Opala, de Banalia, de Bumba et d’autres villages de la Mongala. Quadratus Muganza cite également des recherches attribuées au Professeur Billy Bolakonga de l’IFA Yangambi, selon lesquelles la Tshopo consommerait 200 mille tonnes de riz par an et n’en produirait que mille tonnes.
Le ministère provincial suspend des taxes
Les autorités provinciales ont annoncé une mesure fiscale pour tenter d’alléger la situation. Selon un communiqué du ministère provincial des finances de la Tshopo, les taxes, droits et redevances prélevés sur le commerce du riz, de l’huile de palme, de la farine de maïs et du manioc sont suspendus pour 60 jours. La mesure est en cours depuis le 11 juin.
Pour les commerçants du riz, cette suspension concerne notamment la taxe sur emballage, fixée à 3 000 FC par sac, la taxe provinciale de 3 000 FC par sac, ainsi que l’estampillage de 25 000 FC par sac. D’autres actes générateurs des recettes sont payables annuellement, selon les informations disponibles.
Sur le terrain, l’application de cette décision reste partielle à Kisangani. Des percepteurs de taxes sont encore signalés dans les rizeries. Des commerçantes rencontrées dans la commune de Makiso évoquent une complicité entre certains gérants de dépôts et des agents travaillant clandestinement. Aucun autre détail n’est fourni sur d’éventuelles suites administratives.
Des pistes agricoles pour limiter la carence
Quadratus Muganza indique que son association avait commencé à alerter sur une possible flambée du prix du riz dans la Tshopo. Pour une réponse durable, il propose d’orienter les producteurs vers le riz de bas-fonds ou le riz irrigué, afin de produire toute l’année au lieu de dépendre uniquement des pluies.
Il recommande aussi aux autorités d’arranger les routes, de réduire les taxes et de lutter contre les tracasseries visant les producteurs agricoles. « Nous pensons que ça pourrait alléger la situation », déclare-t-il. Il rappelle également que « les grands producteurs du riz sont aussi les grands consommateurs du riz ».
Son avertissement reste centré sur la production locale et la sécurité alimentaire. « Nous demandons à nos autorités de mettre leur attention dans la production du riz, sinon, nous risquons de connaître des carences très considérables », prévient Quadratus Muganza. À ce stade, la mesure fiscale provinciale constitue la principale réponse institutionnelle documentée.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
