Ce mercredi 3 juin, Kinshasa a vécu une matinée inhabituelle. À l’appel de la coalition Article 64, une journée « ville morte » a été observée dans plusieurs quartiers de la capitale, en signe de protestation contre le projet de changement de constitution porté par le pouvoir. Dès 6 heures, les artères principales étaient désertes, la circulation des transports en commun quasi inexistante, et de nombreux commerces sont restés fermés jusqu’à l’après-midi. Une mobilisation qui, au-delà de son succès revendiqué, interroge sur la capacité de l’opposition à transformer la rue en espace de pression politique.
Une démonstration de force aux allures d’avertissement
Pour le Cadre de concertation des forces politiques et sociales, cette journée est une « victoire politique significative ». Dans un communiqué signé par son coordonnateur Michel Mwika, l’organisation salue « la réussite de la journée “Ville morte”, organisée pour traduire la mobilisation citoyenne et adresser un avertissement clair au pouvoir en place ». Elle y voit « un revers cinglant pour ceux qui soutiennent ce projet » et la preuve d’une « maturité démocratique » du peuple congolais. La coalition C64, de son côté, a promis un bilan détaillé ce jeudi et annoncé de prochaines actions « pour la défense de la Constitution et de l’État de droit ».
Kinshasa entre adhésion et contrainte
Sur le terrain, la réalité était plus nuancée. Si plusieurs carrefours sont restés vides une partie de la matinée, la population semblait hésitante. Des magasins ont rouvert sous la pression d’une possible fermeture définitive, et la circulation a timidement repris en début d’après-midi. Cette prudence illustre la difficulté pour les citoyens de concilier engagement politique et survie économique quotidienne. La journée ville morte a-t-elle été un choix délibéré ou une contrainte subie ? La question reste posée. L’incertitude des Kinois, partagés entre la crainte de représailles et la nécessité de gagner leur vie, révèle les limites d’une mobilisation qui, pour être efficace, doit composer avec les réalités sociales d’une mégapole où l’informel domine.
Un bras de fer institutionnel qui s’installe
Au-delà du symbole, cette mobilisation marque une étape dans le bras de fer entre l’opposition et le président Félix Tshisekedi. Le Cadre de concertation insiste sur son attachement à « l’alternance politique » et réclame un départ du chef de l’État « au plus tard en décembre 2028 », dans le respect de l’ordre constitutionnel. En érigeant la rue en contre-pouvoir, l’opposition teste la résilience des institutions et la capacité du pouvoir à répondre sans recourir à la répression. La suite dépendra autant de la réaction gouvernementale que de la constance de la mobilisation citoyenne. Pour l’heure, le pouvoir n’a pas officiellement réagi, mais cette journée ville morte réussie pourrait inciter l’opposition à durcir le ton, faisant craindre une escalade dans les semaines à venir.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
