La République démocratique du Congo affronte une nouvelle flambée d’Ebola dans sa partie orientale. En visite officielle à Kinshasa ce vendredi 29 mai, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus, a livré un message porteur d’espoir : le pays possède les ressources humaines et l’expérience nécessaires pour maîtriser cette épidémie, la dix-septième de son histoire. Une déclaration qui, dans un contexte sécuritaire volatil et face à une souche virale particulière, mérite qu’on s’y attarde.
« Nous savons que c’est une crise assez complexe, mais la RDC dispose déjà d’une vaste expérience dans la lutte contre le virus », a affirmé le patron de l’OMS à l’issue d’un entretien avec la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Comment expliquer une telle confiance ? La réponse tient en deux mots : mémoire immunitaire… mais pas celle des personnes, celle des institutions. Depuis 1976, la RDC a fait face à plus d’une quinzaine de résurgences d’Ebola. Chaque épisode a permis de roder des systèmes de surveillance, de former des équipes d’intervention rapide, de tisser des liens avec les communautés. À l’image d’un pompier aguerri qui reconnaît les premiers signaux de fumée, le dispositif congolais sait désormais déclencher une riposte Ebola coordonnée, même dans des zones difficiles d’accès.
Pourtant, un nuage assombrit ce tableau : la souche responsable de l’épidémie actuelle, dite Bundibugyo, ne dispose ni de vaccin ni de traitement spécifique homologués. Identifiée pour la première fois en 2007 en Ouganda voisin, elle n’a provoqué que des poussées limitées, ce qui a freiné la recherche de solutions ciblées. Mais faut-il céder à la panique ? Le nombre restreint de cas documentés jusqu’ici a certes ralenti le développement des produits, mais plusieurs candidats vaccins et molécules sont aujourd’hui en phase d’évaluation avancée. Tedros Adhanom Ghebreyesus a d’ailleurs précisé que ces outils pourraient être déployés dans le cadre de la riposte en cours, offrant ainsi une lueur scientifique sur le front de l’épidémie Bundibugyo.
Le Directeur général de l’OMS s’est aussi montré très critique vis-à-vis des mesures de fermeture des frontières adoptées par certains États à l’égard des voyageurs en provenance de la RDC. « Beaucoup d’études ont montré que la fermeture des frontières peut ralentir la propagation pendant quelques jours ou quelques semaines, mais elle ne permet pas de contenir l’épidémie », a-t-il expliqué, rappelant que la meilleure stratégie consiste à soutenir la lutte au cœur de l’épicentre. Une analogie éclairante ? Imaginez qu’on tente d’éteindre un incendie en murant la maison voisine : la fumée trouvera toujours un chemin. De même, isoler un pays ne fait que repousser momentanément le risque tout en décourageant la transparence sanitaire. En effet, si un gouvernement craint des représailles économiques immédiates, il pourrait être tenté de taire une nouvelle épidémie, compromettant alors la sécurité sanitaire mondiale.
Au-delà des mesures techniques, Tedros Adhanom Ghebreyesus a mis l’accent sur un pilier trop souvent négligé : la santé communautaire. Certains rites funéraires et pratiques d’enterrement, lorsqu’ils sont effectués sans précaution, continuent d’alimenter les chaînes de transmission. D’où l’importance, selon lui, d’un travail de sensibilisation profond et durable. « La réponse ne peut pas être uniquement médicale », a-t-il souligné, appelant à renforcer l’engagement des populations pour transformer les comportements à risque. C’est ce maillage entre clinique et culture qui pourrait, à terme, réduire la fréquence des flambées en RDC.
En attendant, l’OMS poursuit son appui aux autorités sanitaires congolaises dans les domaines de la surveillance épidémiologique, du suivi des contacts, du dépistage et de l’isolement des cas. La coordination des partenaires mobilisés sur le terrain reste un atout, fruit d’années de coopération entre la santé RDC et les institutions internationales. Tedros Adhanom Ghebreyesus l’a martelé : « Du côté de l’OMS, nous donnerons tout le soutien possible au Gouvernement congolais. »
Ainsi, forte de son expérience, la RDC aborde cette nouvelle épreuve avec détermination, comme un vieux lutteur qui connaît chaque prise de son adversaire. Les prochaines semaines seront cruciales pour juger de l’efficacité de la riposte. Mais le message du chef de l’OMS résonne comme un rappel : en matière d’Ebola, ce n’est pas le virus qui dicte l’issue, mais la capacité collective à y faire face.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
