AccueilActualitéPolitiqueChristian Bosembe et la 4e République : un tabou s'effrite ?

Christian Bosembe et la 4e République : un tabou s’effrite ?

Le président du Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), Christian Bosembe, n’a jamais fait mystère de ses convictions constitutionnelles. Mais en les réitérant avec fracas lors d’un échange numérique public, il vient de briser un tabou qui hante la République démocratique du Congo depuis des décennies : celui du changement de la loi fondamentale. Dans un exercice délicat où il a tenté de dissocier le militant d’hier du régulateur d’aujourd’hui, M. Bosembe a plaidé sans ambages pour l’adoption d’une nouvelle constitution, ouvrant la voie à une quatrième République.

Dès 2017, alors qu’il n’était qu’un acteur de la société civile et journaliste, Christian Bosembe défendait l’idée d’un système présidentiel à l’américaine, qu’il jugeait plus adapté au contexte congolais que l’actuel régime semi-présidentiel. « Je milite pour une quatrième République depuis longtemps », a-t-il rappelé, manière de signifier que sa position actuelle ne relève pas d’une soudaine conversion politique mais d’une conviction ancienne. L’ironie, à peine voilée, est que cette même idée de réforme constitutionnelle agite aujourd’hui la majorité au pouvoir, suscitant craintes et soupçons de manœuvres pour prolonger le mandat présidentiel de Félix Tshisekedi.

Car c’est bien là que le bât blesse. La question d’un éventuel troisième mandat – terminologie que Bosembe récuse avec force – plane comme un spectre sur le débat. « On ne parle pas de troisième mandat, on parle de nouveaux mandats », a asséné le président du CSAC, estimant que le changement de constitution remettrait les compteurs à zéro et permettrait à tout citoyen, y compris le président sortant, de se présenter à nouveau. Un argument juridique imparable sur le papier, mais qui peine à dissiper le malaise politique dans un pays où le souvenir de la tentative de maintien de Joseph Kabila reste vif.

Rattrapé par ses propres déclarations de l’époque contre le glissement du régime Kabila, Christian Bosembe a invoqué le contexte. La guerre à l’Est, selon lui, rendrait toute échéance électorale « prématurée » et justifierait une suspension des compétitions politiques classiques. Une distinction subtile que ses interlocuteurs, des journalistes aguerris, se sont empressés de tester : en 2023, malgré l’occupation de pans entiers du Nord-Kivu par le M23, des élections générales avaient bien été organisées. La réponse du régulateur fut lapidaire et, pour beaucoup, peu convaincante : la situation actuelle serait « totalement différente ».

À ce stade, le citoyen congolais, habitué aux jeux d’ombres et aux retournements de veste, peut légitimement se demander : où se cache la différence ? Le M23 est toujours là, l’insécurité persiste, et les mêmes acteurs politiques semblent prêts à utiliser l’exception sécuritaire comme levier pour réécrire les règles du jeu. Faut-il y voir une simple analyse contextuelle ou le balisage d’un chemin politique bien connu, celui de la révision constitutionnelle pour verrouiller le pouvoir ?

Quoi qu’il en soit, la prise de position publique de Christian Bosembe, en sa qualité de régulateur des médias, est tout sauf anodine. Elle confère à la thèse de la quatrième République une respectabilité institutionnelle, tout en alimentant une polarisation déjà brûlante autour du sort de la constitution de la RDC. La frontière entre conviction personnelle et fonction de régulation devient, dans ce contexte, dangereusement poreuse. D’aucuns pourraient y déceler un signal envoyé au pouvoir, d’autres une maladresse d’un homme pressé de voir son idéal constitutionnel se réaliser, quitte à brouiller les cartes.

En définitive, l’épisode illustre la confusion des rôles qui caractérise la RDC : quand le garant de l’éthique médiatique se fait le chantre d’un projet de réforme constitutionnelle, le débat démocratique sur le mandat présidentiel prend une tournure qui interroge. La question n’est peut-être plus de savoir si la constitution sera changée, mais qui, in fine, dictera le calendrier et les modalités de cette refonte. La quatrième République est-elle à nos portes ? Le débat, lui, est officiellement lancé.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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