Une menace virale méconnue sème l’inquiétude dans l’Est de la République démocratique du Congo. Alors que le pays lutte déjà contre une crise humanitaire sans précédent, le virus Ebola refait surface sous une forme rare : la souche Bundibugyo. Pourquoi cette résurgence mobilise-t-elle autant les plus hautes autorités et l’Organisation mondiale de la Santé ?
Mercredi 20 mai 2026, le Président Félix Tshisekedi a réuni un Conseil des ministres extraordinaire entièrement consacré à ce défi sanitaire. Le Chef de l’État a donné le ton : il faut une riposte multisectorielle immédiate, impliquant bien au-delà du seul ministère de la Santé. L’éducation nationale et l’enseignement supérieur sont appelés à organiser, main dans la main avec les autorités sanitaires, des campagnes de sensibilisation spécifiques dans les écoles et les universités. L’objectif ? Faire de chaque élève, de chaque étudiant, un maillon fort de la prévention.
Cette mobilisation ne s’arrête pas aux portes des classes. Les confessions religieuses sont également invitées à prendre part à cet effort collectif. Pour le Président, l’influence des Églises sur leurs fidèles représente un levier puissant pour diffuser les bons gestes et inciter à un changement durable de comportement face à l’épidémie. Une manière de toucher les populations là où les messages sanitaires classiques peinent parfois à passer.
Mais comprendre l’urgence de la situation, c’est d’abord regarder de près ce virus qui réapparaît. La souche Bundibugyo n’est pas la plus courante. Contrairement à la souche Zaïre, contre laquelle un vaccin existe, Bundibugyo est un véritable intrus : aucun traitement approuvé ni vaccin ne peut aujourd’hui le neutraliser. Imaginez un incendie dans une forêt où l’on ne disposerait d’aucun extincteur adapté. C’est tout le défi auquel font face les équipes de riposte. Cette absence d’armes médicales spécifiques a été déterminante lorsque, le 16 mai, le directeur général de l’OMS a pris la décision de classer cette épidémie comme une urgence de santé publique de portée internationale (USPPI).
Concrètement, cette déclaration d’urgence mondiale repose sur trois signaux alarmants : un taux de positivité très élevé dès les premiers tests, une propagation déjà documentée au-delà des frontières congolaises, notamment en Ouganda, et donc ce vide vaccinal. Pour autant, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus se veut prudent : à ce stade, l’épidémie ne remplit pas les critères d’une pandémie. Une nuance rassurante, mais qui ne doit pas faire baisser la garde.
La situer dans son contexte humain permet d’en mesurer toute la gravité. La RDC traverse l’une des crises humanitaires les plus complexes au monde. Plus de 5,6 millions de personnes sont déplacées, dont près de la moitié sont des enfants. Avec 15 millions de Congolais ayant besoin d’une aide d’urgence – soit presque une personne sur sept – les conditions de promiscuité et les difficultés d’accès aux soins créent un terreau fertile pour une propagation rapide du virus Ebola. Chaque cas confirmé doit donc être pris comme le signal d’un danger qui menace toute la sous-région.
Comment se protéger face à une souche sans vaccin ? La question est sur toutes les lèvres. La réponse se trouve dans des gestes simples mais rigoureux : éviter tout contact avec les fluides corporels des malades, signaler immédiatement tout décès suspect, se laver régulièrement les mains avec de l’eau et du savon. Des habitudes que les campagnes de sensibilisation Ebola visent à ancrer profondément dans le quotidien. Du banc d’école à la chaire de l’église, c’est toute la société qui doit intégrer ces réflexes.
L’épidémie Ebola en RDC ne peut être vaincue que par une chaîne de solidarité dont chaque maillon compte. Alors que Tshisekedi orchestre cette riposte inédite, le message est limpide : la bataille contre le virus Bundibugyo se gagnera dans les cœurs et les esprits avant de se gagner dans les laboratoires.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
