Le bourdonnement des motos-taxis a remplacé le silence pesant de la veille à Beni. Ce vendredi 15 mai, la ville du Nord-Kivu renoue avec les activités socio-économiques, après une journée entière de blocage. Les rues du centre-ville et des quartiers périphériques voient de nouveau défiler piétons et véhicules, signe d’une reprise encore hésitante. Les étals se regarnissent, et quelques boutiques ont rouvert leurs portes, même si la timidité de cette relance trahit les plaies encore vives d’une population sous tension.
Pourquoi ce retour à la vie quotidienne semble-t-il si fragile ? La réponse se trouve dans les événements du 14 mai. Ce jour-là, Beni s’était figé. Les jeunes des mouvements citoyens avaient appelé à une « ville morte » couplée à une marche de colère. Leur cri : dénoncer l’insécurité chronique et les tueries de civils régulièrement attribuées aux rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF). Dans plusieurs quartiers, toute activité avait cessé, transformant la cité en un théâtre de protestation silencieuse.
Face à cette mobilisation, la police nationale congolaise a fait état de 18 interpellations. Les faits reprochés sont graves : trouble à l’ordre public et détention illégale de munitions de guerre. Selon les informations communiquées par les autorités policières, ces arrestations se sont déroulées sans incident majeur. Parmi les personnes arrêtées, plusieurs mineurs ont été immédiatement remis aux juridictions pour enfants compétentes. Cinq adultes, eux, restent en détention dans l’attente de leur défèrement devant les instances judiciaires habilitées. La police a réaffirmé son engagement à garantir la sécurité publique et le maintien de l’ordre dans cette province meurtrie.
Ce matin du 15 mai, la vie tente donc de reprendre ses droits. La circulation automobile et piétonne s’est intensifiée progressivement sur les artères principales. Certains habitants ont bravé leurs craintes pour se rendre aux champs, tandis que d’autres regagnaient leurs lieux de travail. Du côté des écoles et des universités, des élèves et étudiants ont repris le chemin des cours. Pourtant, plusieurs parents ont hésité à laisser leurs enfants quitter la maison, redoutant d’éventuelles représailles ou une flambée de violence soudaine. Cette réticence en dit long sur l’état d’esprit d’une communauté qui vit au rythme des alertes sécuritaires.
Cette reprise précaire peut-elle effacer des années de traumatisme ? Le territoire de Beni reste l’épicentre d’une spirale de violence attribuée aux ADF. Les massacres de civils s’y succèdent avec une régularité macabre, endeuillant des familles entières et poussant des milliers de déplacés sur les routes. La journée ville morte du 14 mai n’était que la énième expression d’une exaspération populaire face à l’incapacité apparente des forces de sécurité à endiguer la menace. Dans ce contexte, chaque rumeur, chaque mouvement de troupe peut faire basculer la ville dans la psychose.
Pour l’heure, le calme précaire observé ce vendredi offre un répit. Les commerces rouvrent, les échoppes s’animent et les klaxons renouent avec le vacarme habituel de la cité. Mais derrière ce tableau de normalité feinte, la population de Beni continue de retenir son souffle. Les autorités policières assurent maintenir une présence dissuasive pour prévenir tout nouveau trouble. Reste à savoir si ces mesures suffiront à apaiser une colère qui, de ville morte en ville morte, ne cesse de gronder dans les rues du Nord-Kivu.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
