L’insécurité atteint un nouveau seuil dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Un chef de village de Kateku, localité située dans le groupement Ikobo, a été froidement assassiné mercredi 13 mai. La victime, fraîchement installée par la rébellion de l’AFC/M23, a été abattue à son domicile par des éléments wazalendo, sous les yeux de sa famille. Ce meurtre, survenu seulement 48 heures après sa prise de fonction, soulève une onde de choc dans une région déjà meurtrie par des mois de conflit armé en RDC.
Selon des sources locales, l’attaque s’est déroulée en pleine nuit. Les assaillants, identifiés comme des wazalendo de Walikale, ont encerclé la maison du chef avant de faire irruption. Sans un mot, ils ont criblé de balles le nouveau dirigeant coutumier, puis ont pris la fuite sans laisser de traces. Le corps sans vie a été découvert par les proches, impuissants. L’inhumation a eu lieu dès le lendemain, jeudi, dans un climat de tristesse et de peur au sein de cette communauté isolée.
Qui était ce chef ? Et pourquoi a-t-il été ciblé si rapidement ? Le mobile de cet assassinat à Kateku reste pour l’heure non élucidé. Toutefois, des observateurs dans le groupement Ikobo évoquent des rivalités de pouvoir. Depuis que la rébellion de l’AFC/M23 a étendu son emprise sur cette partie du Nord-Kivu, elle a procédé à la nomination de responsables dans plusieurs localités, une décision loin de faire l’unanimité. Les wazalendo de Walikale, groupes d’autodéfense locaux souvent opposés à l’avancée du M23, voient ces installations comme une collaboration avec l’ennemi. L’assassinat du chef de village de Kateku pourrait ainsi être un message sanglant adressé à ceux qui acceptent l’autorité rebelle.
La présence de l’AFC/M23 dans le groupement Ikobo remonte à plusieurs semaines. Depuis, la zone vit sous tension permanente. Les rebelles ont imposé leur administration parallèle, remplaçant certains chefs coutumiers jugés trop proches de Kinshasa par de nouvelles figures. Une stratégie qui, selon des analystes, alimente un conflit armé en RDC déjà complexe. L’assassinat du chef Kateku intervient comme un point de bascule : c’est la première fois qu’une personnalité installée par l’AFC/M23 est visée aussi directement et aussi rapidement après sa nomination.
Les wazalendo de Walikale, souvent présentés comme des patriotes résistants, sont-ils en train de mener une contre-offensive silencieuse ? Leur mode opératoire — attaque ciblée, nuitamment, sans revendication — rappelle celui des groupes armés qui pullulent dans l’est de la RDC. L’absence de clarification officielle sur les circonstances exactes de cet assassinat à Kateku ajoute à l’angoisse. Les habitants du village, eux, redoutent des représailles. Car si les wazalendo ont osé abattre un chef « collaborateur », la réaction de l’AFC/M23 pourrait être brutale.
Le conflit armé en RDC prend ainsi une dimension plus locale et plus personnelle. Au-delà des combats entre armée régulière et rebelles, ce sont désormais des lignes de fracture communautaires qui s’enflamment. Le groupement Ikobo, jadis havre de paix relatif, devient un théâtre d’affrontements par procuration. L’assassinat du chef de village de Kateku en est le symbole glaçant. Un homme tué pour avoir accepté un poste, peut-être par contrainte, peut-être par conviction.
Les autorités coutumières de la région appellent au calme, mais la méfiance règne. « Chaque famille craint pour ses proches », confie un habitant sous le couvert de l’anonymat. Le corps enterré, les questions restent entières. Qui a armé les wazalendo ? S’agit-il d’un acte isolé ou d’une nouvelle phase de la guerre d’influence qui déchire le Nord-Kivu ?
Alors que l’AFC/M23 continue de consolider son contrôle sur des pans entiers du territoire de Walikale, la mort violente de ce chef de village met en lumière la fragilité de l’ordre imposé par les rebelles. Les populations, prises entre deux feux, assistent impuissantes à une escalade de la violence. Le cas de Kateku n’est peut-être que le premier d’une série. Un signal d’alarme pour une communauté internationale souvent absente, et pour un État congolais qui peine à reprendre pied dans ces zones grises.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
