À Kinshasa, la capitale congolaise, l’instabilité électrique est devenue une réalité si quotidienne qu’elle a engendré un nouveau visage du petit commerce : les cabines de recharge de téléphones et de batteries. Dans les artères poussiéreuses de Matonge, de Kalamu ou de Lemba, ces petites échoppes improvisées sont devenues aussi communes que les étals de beignets ou de boissons. Mais derrière cette apparence de service de proximité se cache une question lancinante : à quel prix la population paie-t-elle le droit de rester connectée ?
« Chaque jour, je viens ici pour recharger mon téléphone. Chez moi, le courant ne passe que trois heures par jour, quand il n’y a pas de panne complète », confie Joséphine, une vendeuse de légumes rencontrée devant une cabine de recharge avenue de l’Université, dans la commune de Lemba. Comme elle, des centaines de milliers de Kinois doivent composer avec un accès à l’électricité capricieux. Le tarif pour une charge complète varie entre 500 et 1000 francs congolais, soit environ 20 à 40 centimes de dollar américain. Ce montant, qui peut sembler modeste, devient un poids financier lorsqu’on le cumule sur un mois. « Je dépense presque 20 000 francs par mois juste pour recharger mon téléphone et la lampe torche qui nous sert à la maison », ajoute-t-elle, lassée par cette dépense imprévue qui grève son budget.
Les gérants de ces cabines de recharge ne sont pas en reste face aux défis. Abraham Mulumba, propriétaire de deux points de recharge dans le quartier Bandalungwa, explique : « On achète du carburant tous les deux jours pour faire tourner le groupe électrogène. Avec la hausse du prix de l’essence, notre marge fond comme neige au soleil. En plus, il faut surveiller le matériel – les câbles, les batteries – qui s’abîment vite à cause de l’humidité et des surtensions. » Pour lui, l’activité reste rentable, mais à la limite du supportable. L’instabilité électrique à Kinshasa, loin d’être un simple désagrément, est devenue un moteur économique secondaire, mais aussi une double peine pour les ménages.
Pourtant, ce petit commerce de recharge téléphone et de batteries plonge les familles dans une dépense récurrente qu’elles n’avaient pas anticipée. « On paye déjà la facture SNEL à la fin du mois, mais le service n’est pas fiable. Alors on doit en plus payer les cabines. C’est comme si on payait deux fois pour un même besoin », déplore Patient, un enseignant rencontré dans une cabine du centre-ville. L’accès à l’électricité à Kinshasa devient ainsi un luxe payant, où l’absence de courant oblige à recourir à des palliatifs lucratifs mais pesants pour le portefeuille.
Selon un rapport de la Société nationale d’électricité (SNEL), la capitale connaît des délestages programmés de plus en plus fréquents, avec des coupures pouvant aller jusqu’à huit heures par jour. Cette instabilité pousse les habitants à s’adapter, mais à quel coût ? « Nous voyons fleurir ces cabines un peu partout. C’est une réponse immédiate, mais cela ne règle pas le problème structurel. Les Kinois méritent un accès à l’électricité stable, pas de devoir dépendre de ces solutions onéreuses », analyse un expert en énergie qui préfère garder l’anonymat.
La question mérite d’être posée : alors que le gouvernement promet des investissements dans le secteur énergétique, pourquoi les habitants de Kinshasa doivent-ils encore subir ce fardeau financier supplémentaire ? En attendant des solutions durables, les cabines de recharge s’imposent comme un mal nécessaire, un reflet de la résilience forcée d’une population qui refuse de rester dans l’obscurité, mais dont la poche saigne à chaque recharge. Jusqu’à quand cette situation durera-t-elle ?
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
