Une crise humanitaire silencieuse ronge la prison centrale de Gungu, dans la province du Kwilu, où les détenus survivent dans des conditions de détention alarmantes depuis près d’une année. Les visages émaciés et les corps affaiblis des prisonniers témoignent d’une situation de malnutrition généralisée, directement imputable à l’arrêt des subventions étatiques destinées au fonctionnement de l’établissement pénitentiaire.
Les sources locales, dont le président de la société civile de Gungu, Joachim Kusamb, confirment que la dernière allocation gouvernementale remonte aux derniers trimestres de l’année 2024. « La prison a une capacité de 120 à 130 détenus. Les détenus de cette prison traversent une période de précarité terrible, marquée par un amaigrissement généralisé, à cause de la rupture des frais de fonctionnement qui devraient être alloués par le gouvernement central », a-t-il déclaré. Cette interruption des fonds, vitale pour l’alimentation et les soins de base, plonge l’institution dans une dépendance extrême vis-à-vis de la charité.
Comment une administration pénitentiaire peut-elle assurer sa mission régalienne sans les moyens élémentaires de subsistance ? Face à ce vide, la survie des détenus repose désormais sur un fragile échafaudage d’efforts humanitaires combinés. Les églises locales et diverses associations apportent une aide alimentaire ponctuelle, tandis que le bourgmestre de la commune s’approvisionne au marché central de Gungu pour compléter les rations. Chaque dimanche, une collecte est organisée auprès des commerçants de la ville afin d’acheminer des vivres vers la prison centrale de Gungu. Cependant, cette solidarité, bien que salutaire, est décrite comme notoirement insuffisante pour couvrir les besoins fondamentaux, ne faisant que retarder une aggravation fatale de la situation.
La problématique dépasse largement le simple cadre alimentaire. Joachim Kusamb a également plaidé pour un renforcement urgent du personnel judiciaire dans la contrée, qui souffre d’une pénurie de magistrats depuis trois ans. Cette carence administrative contribue à alourdir la pression sur un système carcéral déjà à bout de souffle, où la lenteur procédurale peut prolonger indûment des détentions dans des conditions de détention Kwilu déplorables.
La tragédie de Gungu n’est malheureusement pas un cas isolé, mais le reflet d’une crise systémique affectant les prisons du pays. Au début du mois d’avril, un détenu de la prison de Punia, dans la province du Maniema, est décédé des suites d’une maladie bénigne compliquée par un état de malnutrition sévère. Dans cet établissement également, les responsables ont dénoncé des conditions de détention « inhumaines », directement liées à des mois d’absence de subventions. Ces drames répétés interrogent la capacité de l’État à garantir le droit à des conditions de détention dignes, pourtant inscrit dans la constitution et les engagements internationaux de la RDC.
La situation à la prison de Gungu pose une question fondamentale sur la responsabilité de l’État envers les personnes placées sous sa garde. L’absence prolongée de subventions manquantes pour les prisons transforme ces institutions en mouroirs, où la sanction pénale se double d’une peine de famine non prévue par la loi. Les autorités provinciales et centrales sont-elles conscientes de l’extrême gravité de la situation ? Quels mécanismes d’urgence peuvent être activés pour rompre ce cycle de négligence mortifère ?
À ce jour, aucun calendrier pour le déblocage des arriérés ni pour la reprise régulière des financements n’a été communiqué. La survie quotidienne des prisonniers RDC de Gungu continue donc de pendre au fil ténu de la générosité communautaire, une solution précaire et indigne pour un État de droit. L’appel lancé par la société civile pour une intervention rapide des autorités compétentes reste sans réponse concrète, laissant craindre une détérioration encore plus prononcée de la situation sanitaire dans l’enceinte carcérale.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
