Sous les hauts murs de l’Institut Bobokoli, une effervescence singulière baignait l’air ce samedi 18 avril. Le collectif Les Inattendus y tissait, fil à fil, un « pont entre littérature et jeunesse », une arche de mots destinée à relier les rêves d’adolescents aux vastes continents des œuvres congolaises et étrangères. Dans cette activité lecture à Beni, chaque geste semblait chargé d’une promesse : celle d’ouvrir des horizons par la simple magie des pages tournées.
Au cœur de cette initiative, 503 ouvrages ont trouvé un nouvel ancrage, offerts à l’établissement et à ses élèves par des donateurs tels que les librairies Médiaspaul et Les Petits Lecteurs. Ces dons livres à l’Institut Bobokoli, autant de portes ouvertes sur des mondes inexplorés, viennent renforcer l’accès à la lecture en milieu scolaire, soufflant un vent nouveau sur les étagères souvent délaissées. Quel meilleur investissement que celui dans l’imaginaire des jeunes, se demande-t-on, face à cette générosité qui transforme les salles de classe en laboratoires d’idées ?
La journée a servi de point d’orgue au projet PNL Leach Initiative, dédié à la distribution gratuite de livres dans les écoles. Experts, artistes et responsables culturels ont pris part à des échanges vibrants, où la parole se faisait outil. Parmi eux, l’écrivain Christian Gombo, le caricaturiste Thembo Kash, l’auteure Émilie Mayabu et Alice Sakina, initiatrice du collectif, ont partagé leurs parcours, tissant une narration commune autour du pouvoir transformateur de la lecture.
Émilie Mayabu, dont la voix porte l’expérience de plusieurs ouvrages, a insisté sur l’importance de la lecture dans le développement personnel. « Dès mon plus jeune âge, les livres m’ont offert une évasion et une ouverture sur le monde », a-t-elle confié, expliquant comment cette passion a guidé ses choix à l’âge adulte. Pour Thembo Kash, né à Beni dans une modestie où les ressources manquaient, la lecture a été un phare. « La lecture m’a permis de comprendre qui j’étais. Et à partir du moment où j’ai compris que j’étais capable de faire tout ce que font les autres, je me suis appliqué et j’y suis arrivé », a-t-il déclaré, encourageant les jeunes à cultiver une curiosité au-delà des salles de classe. Ces témoignages, empreints de vulnérabilité et de force, ont dessiné une cartographie intime où chaque livre devient un compagnon de route.
Une élève, le regard soudain illuminé, a témoigné de l’impact de ces paroles : « Cette activité m’a redonné confiance en moi. J’ai toujours rêvé de devenir pilote, mais j’avais envisagé d’abandonner. Aujourd’hui, je veux lire davantage pour en apprendre plus sur ce domaine. » Sa voix, fragile et déterminée, résumait l’essence même de l’événement : redonner aux rêves leur envergure, grâce à cette activité lecture à Beni qui transcende les simples mots pour toucher aux aspirations les plus profondes.
L’événement a aussi été l’écrin d’annonces majeures. Un grand festival de lecture publique est prévu en août 2026 en République Démocratique du Congo, où sera décerné le prix « Prosper Gubarika ». Ce festival lecture publique en RDC vise à créer une plateforme pérenne pour la diffusion culturelle. Doté de 600 000 FC sous forme de bons d’achat dans des librairies partenaires, le prix Prosper Gubarika soutient l’écosystème littéraire local, offrant aux auteurs une visibilité et des moyens de diffusion. La prochaine étape se dévoilera le 30 avril, avec l’annonce du coordonnateur du prix et la liste des ouvrages en compétition. Ainsi, le collectif Les Inattendus sème les graines d’une renaissance culturelle à Beni et au-delà.
Quel rôle la lecture peut-elle jouer dans l’émancipation de la jeunesse congolaise ? Cette activité à l’Institut Bobokoli répond par des actes : en offrant des livres, en partageant des récits, en annonçant un festival, elle tisse une toile où chaque mot devient un possible. Dans une région parfois meurtrie, la culture se dresse en rempart, et les pages des livres s’ouvrent comme des fenêtres sur l’avenir. Le collectif Les Inattendus, par cette initiative, ne se contente pas de promouvoir la lecture ; il construit, pierre après pierre, un édifice où l’espoir se lit entre les lignes.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
