Le corridor économique reliant Kikwit à Kinshasa, artère essentielle pour l’évacuation des productions agricoles du Grand Bandundu, subit une pression insoutenable. Selon les chiffres avancés par la Fédération des Entreprises du Congo (FEC) Grand Bandundu, pas moins de quinze barrières policières ponctuent la Route Nationale 1, un chiffre auquel s’ajoutent des points de contrôle illégaux. Cette multiplication d’obstacles représente un fardeau financier direct pour les transporteurs, avec des paiements pouvant atteindre 40 000 francs congolais par barrière pour un poids lourd, et déforme mécaniquement la fixation des prix des denrées à destination des marchés de la capitale.
Quel est l’impact concret de ces barrières policières sur la RN 1 ? Au-delà du simple ralentissement logistique, elles instaurent une taxe informelle et aléatoire qui grève la rentabilité des échanges commerciaux entre Kikwit et Kinshasa. Le président de la FEC Grand Bandundu, Fifa Katembo, dresse un constat sans appel : cette situation crée une « tracasserie terrible » qui pèse sur toute la chaîne d’approvisionnement. Le coût additionnel du transport, imprévisible et souvent non justifié par des quittances, est intégralement répercuté sur le prix de vente final. Ainsi, le consommateur kinois paie, au final, l’addition de ces taxes routières en RDC, qui agissent comme une inflation importée, pénalisant le pouvoir d’achat et l’accès aux biens de première nécessité.
La problématique des taxes routières en RDC prend ici une dimension particulièrement aiguë. Comme l’explique Fifa Katembo, l’absence d’harmonisation et de prédictibilité des prélèvements crée une insécurité juridique et financière pour les opérateurs. Le cas de la vignette, exigée de manière non uniforme et à des étapes imprévues du trajet, illustre cette opacité. Un camion quittant Kinshasa peut se voir imposer ce paiement dans le Kwango, alors que cette dépense n’avait pas été budgétisée. Ces pratiques, qualifiées de rançonnage par certains observateurs, ne bénéficient pas aux caisses de l’État mais alimentent plutôt des circuits informels, affaiblissant ainsi la gouvernance économique et la confiance des investisseurs.
Un reportage d’Actualité.cd réalisé début mars corrobore ces allégations, recensant au moins dix barrières illégales sur cet axe. Les agents percevant ces fonds, issus de la police, de l’armée ou d’autres services, opèrent fréquemment sans fournir le moindre reçu, signe d’une appropriation privée des ressources. Cette économie de la prédation routière, qui touche des localités comme Bulungu, Masi-Manimba ou le Pont Kwango, constitue un frein structurel au développement des provinces du Kwilu et du Kwango. Elle décourage les investissements dans le secteur logistique et maintient les producteurs agricoles dans une situation de dépendance vis-à-vis de canaux de distribution coûteux et peu fiables.
Quelles sont les conséquences macroéconomiques de cette entrave aux échanges commerciaux Kikwit Kinshasa ? En premier lieu, elle réduit la compétitivité des produits du Grand Bandundu sur le marché kinois, face à des denrées importées souvent bénéficiant de corridors plus fluides. Ensuite, elle limite la capacité des entreprises locales à se développer et à créer des emplois, étouffant la croissance inclusive. Enfin, elle alimente un cercle vicieux où la hausse des prix produits agricoles en RDC réduit la demande, ce qui peut à terme inciter les agriculteurs à réduire leur production ou à se tourner vers des cultures de subsistance, affectant la sécurité alimentaire.
Face à ce constat, la FEC Grand Bandundu plaide pour une rationalisation urgente. La suppression pure et simple des barrières illégales et l’encadrement strict des points de contrôle légitimes figurent en tête des demandes. L’idée est de déplacer la perception de certaines taxes, comme la vignette, à l’intérieur des provinces concernées plutôt que sur l’axe routier lui-même, afin de restaurer la fluidité de la RN 1. Une harmonisation des services et une digitalisation des paiements pourraient également limiter les abus et apporter de la transparence.
À l’heure où la RDC cherche à consolider son marché intérieur et à stimuler les productions locales, la libération des axes commerciaux majeurs comme la RN 1 n’est pas une option, mais une nécessité économique impérieuse. La situation actuelle représente un goulot d’étranglement qui coûte cher à l’économie nationale. Une action gouvernementale résolue pour sécuriser et fluidifier ce corridor serait un signal fort envoyé au secteur privé, et le premier pas vers une baisse des prix à la consommation et un renforcement de la résilience économique des régions productrices. L’appel de la FEC Grand Bandundu sonne comme un avertissement : sans route libre, le commerce ne peut prospérer.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
